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"Les yeux de Laura Mars"

Rêves prémonitoires

titre original "Eyes of Laura Mars"
année de production 1978
réalisation Irvin Kershner
scénario John Carpenter
photographie Victor J. Kemper
montage Michael Kahn
costumes Theoni V. Aldredge
chanson Barbra Streisand ("Prisoner")
interprétation Faye Dunaway, Tommy Lee Jones, Brad Dourif, René Auberjonois, Raúl Juliá, Darlanne Fluegel

La critique de Citizen Poulpe : cliquer ici.

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

On reconnaît dans ce film la griffe du scénariste John Carpenter, lui-même réalisateur. La mise en scène élégante et la direction d'acteurs efficace doivent malgré tout quelque chose à Kershner. Le public a fait un triomphe à ce séduisant suspense.

La critique de Didier Koch

De la carrière d'Irvin Kershner disparu en 2010 ne reste guère dans les mémoires que "L'Empire contre-attaque" sorti en 1980 et considéré par beaucoup de spécialistes comme le meilleur segment de la saga Star Wars. Deux ans auparavant, il s'était essayé au thriller chic en réalisant, à partir d'un scénario du tout jeune John Carpenter, "Les yeux de Laura Mars", dont il faut bien reconnaître aujourd'hui que le titre promet plus qu'il ne tient.

Laura Mars, c'est en effet Faye Dunaway, alors au sommet de sa gloire et de sa beauté. Photographe à la mode, elle choque par son art où la violence et le trash côtoient le monde de la mode dans le but de mettre chacun, et plus spécialement les bourgeois, face à leurs contradictions. N'arrivant plus très bien à faire le distinguo entre son univers mental perturbé par une récente séparation et son travail directement influencé par ses humeurs changeantes, Laura Mars commence à être sujette à des hallucinations morbides, qui se révèlent prémonitoires de crimes touchant ses proches.

Le sujet plutôt classique est alléchant, mais visiblement, Irvin Kershner n'est pas très à l'aise avec le genre, laissant trainer sa caméra dans les coulisses des séances de travail de la photographe plus que de mesure, comme si le matériel narratif fourni par Carpenter lui semblait insuffisant pour faire monter la tension indispensable à tout bon suspense.

Si Faye Dunaway est par bien des côtés fascinante, elle ne peut suffire à combler le manque de consistance des seconds rôles souvent proches de la caricature, que ce soit René Auberjonois en homosexuel tyrannique que l'on préfère chez Robert Altman, Brad Dourif en repris de justice courant après une réinsertion impossible, ou encore Tommy Lee Jones en détective psychotique langoureux, dont on se demande ce qu'il serait advenu de sa carrière s'il n'avait pas su, au détour des années 90, tirer parti de son physique devenu avec les ans plus en phase avec ce qu'il était capable d'exprimer à l'écran.

L'ensemble s'avère donc un peu vain et paresseux, ne reposant que sur une Faye Dunaway dont on peut saluer le professionnalisme en la voyant donner le maximum pour nimber de quelques couleurs une réalisation sans relief. Ses efforts ne seront pas vains, car assurément, le succès commercial inespéré du film doit beaucoup à sa performance et à son aura de l'époque.