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"Les chaînes du sang"

titre original "Bloodbrothers"
année de production 1978
réalisation Robert Mulligan
scénario Walter Newman, d'après le roman de Richard Price
photographie Robert Surtees
musique Elmer Bernstein
interprétation Paul Sorvino, Tony Lo Bianco, Richard Gere, Marilu Henner, Michael Hershewe, Robert Englund, Danny Aiello

La critique de Didier Koch

Seulement âgé de 53 ans quand il réalise "Les chaînes du sang", son seizième long métrage, Robert Mulligan fait déjà figure de vétéran, n'ayant pas pu monter dans le train du Nouvel Hollywood faute d'avoir pu confirmer le formidable succès d'"Un été 42" sorti en 1971. Il ne tournera plus que quatre films avec, en conclusion de sa carrière en 1991, le magnifique "Un été en Louisiane", qui confirme que Robert Mulligan n'est jamais meilleur que lorsqu'il parle de l'enfance ou de l'adolescence, périodes de la vie que peu comme lui savent rendre avec autant de justesse.

Ici, avec le tout jeune Richard Gere à son casting, il adapte un roman éponyme de Richard Price paru en 1976, qui narre par le menu le dysfonctionnement d'une famille italo-américaine dominée par un père (Tony Lo Bianco) dont le comportement immature et profondément machiste va conduire à sa dislocation. Le fils aîné, interprété par un Richard Gere encore novice, symbolise l'équation impossible générée par ce mal endogène, qui conduit le jeune homme à rester dans le giron familial pour tout à la fois ne pas décevoir son père qu'il respecte, mais aussi protéger son petit frère (Michael Hershewe), complètement traumatisé par une mère usée par le poids des vicissitudes quotidiennes ajoutées à l'autoritarisme de son époux.

Le sujet franchement sombre est tout d'abord traité avec une certaine légèreté par Mulligan qui, dans un long préambule, décrit, avec une forme d'humour à la limite de la caricature, les virées nocturnes de Tommy de Coco (Tony Lo Bianco) faisant bamboche tous les soirs après le travail avec son frère surnommé "Gras Double" interprété par un Paul Sorvino lui aussi en surrégime. Cette mise en place destinée à planter le contexte, trop haute en couleur, rate un peu sa cible, Robert Mulligan s'aventurant sur un domaine qui n'est visiblement pas le sien. Heureusement, le film va retrouver un peu de verve, de force de conviction et surtout de crédibilité quand le réalisateur, plus à son aise, va s'intéresser de près à la relation qu'entretient Stony (Richard Gere) avec son jeune frère, faisant jour à une réelle prédisposition se concrétisant par un travail dans une unité pour enfants malades au sein d'un hôpital du Bronx. Si le poids des traditions ramènera Stony dans sa gangue, un incident dramatique finira d'achever son émancipation.

Au final, le film ne manque pas de charme, mais l'on se dit tout de même que Robert Mulligan, que l'on a connu plus nuancé, s'est un peu emmêlé les pinceaux, gâchant quelque peu le potentiel d'un casting pourtant idoine. Il faut aussi ne pas oublier de saluer la performance fort convaincante de Marilu Henner dans le rôle de la petite amie lucide de Stony, qui abandonnera assez vite le cinéma pour devenir la vedette d'une célèbre émission de télé réalité.