Menu Fermer

"Le Flingueur"

titre original "The Mechanic"
année de production 1972
réalisation Michael Winner
musique Jerry Fielding
production Irwin Winkler et Robert Chartoff
interprétation Charles Bronson, Jan-Michael Vincent, Jill Ireland
 
remake "Le Flingueur", Simon West, 2011

La critique de DVDClassik : cliquer ici.

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Un thème central du western : l'éducation du néophyte. "Toi aussi, mon fils" version Bronson.

Charles Bronson, Michael Winner : c'est gagnant-gagnant ! (la critique de Pierre)

Deux ans avant "Un justicier dans la ville", Michael Winner faisait déjà de Charles Bronson son acteur fétiche dans cet excellllllllent film de gangster. Jugez plutôt.

Le pitch : Bishop (Bronson) est un hitman à la solde de "l'organisation". Méticuleux, appliqué, patient, inventif et impitoyable, Bishop est un vrai "pro" et un vrai loner. Il décide de prendre sous son aile le fils d'un ami (Jan-Michael Vincent, Hawke dans "Supercopter") et de le former. Ce sera le début des emmerdes.

Tout y est. De l'ambiance gravement années 70 à la musique de Jerry Fielding (des nappes discrètes et dissonantes, entendues aussi dans "La horde sauvage" ou dans "L'évadé d'Alcatraz"), de la gueule démente de Bronson aux scènes de poursuite, "Le Flingueur" est un tour de force. Pas de mélo, pas d'émotion, pas de blague : ici, on est chez des durs de durs. Les meufs, ils n'en ont strictement rien à foutre.

Un regret : au moment où le film aurait pu prendre de l'ampleur, ça stagne. Les personnages n'évolueront jamais vraiment de la route qui leur est tracée depuis le début et l'histoire devient un peu anecdotique. Tout était en place pour que le film retrouve les accents d'une tragédie melvillienne, et ça se finit un peu sur une pirouette. Mais on est tellement heureux de l'avoir vu qu'à ce stade, ça n'est plus très grave.

La critique de Didier Koch

"Le Flingueur" est la deuxième des six collaborations de Michael Winner avec Charles Bronson. Sortant de l'univers du western, Winner entre de plain pied dans le polar urbain qui deviendra son credo presque unique grâce à un film au ton très spécial, qui n'est pas loin d'être son meilleur avec "Le Corrupteur" sorti un an plus tôt.

Arthur Bishop est un tueur à gages d'un genre un peu particulier, dont la spécialité est de laisser croire à la mort accidentelle de ses victimes. Pour ce faire, il met au point des stratagèmes très sophistiqués destinés à ne rien laisser au hasard. Un processus que Winner nous décrit très précisément lors d'un prologue long de 14 minutes sans parole où l'on voit un Bronson, dont le métier semble tout droit inspiré des plans millimétrés de la série "Mission : impossible". Le titre original "The Mechanic" est sans doute plus évocateur du sens réel du film que sa traduction française mercantile en rapport direct avec l'image de dur que véhiculait traditionnellement Charles Bronson.

Le premier tiers du métrage est en réalité consacré à l'exposition de la personnalité du tueur et à l'exercice si particulier de son métier presque devenu un art, dont Bishop (Charles Bronson) lui-même semble savourer davantage la recherche de perfection qu'il nécessite que l'acte de tuer. Dans cet univers particulier qui, bien sûr, l'isole du reste du monde, Bishop s'offre les services d'une call girl (Jill Ireland) pour lui fournir l'illusion d'une relation idéale aux entrelacs pré-écrits.

La deuxième partie du film introduit Steve (Jan-Michael Vincent), fils d'une des victimes de Bishop qui, bizarrement, souhaite épouser la même trajectoire. Se noue alors une relation ambiguë, mélange entre rapports filiaux et séduction homosexuelle refoulée, furtivement évoquée quand Bishop pose la question à Steve de ce qu'il attend vraiment de lui. Les deux hommes semblent d'ailleurs encombrés dans leur relation au père, et cette vocation pour le "crime organisé" n'y est sans doute pas étrangère.

Comme tous les films s'intéressant aux tueurs à gages, "Le Flingueur" distille cette troublante impression de liberté, d'autant plus évidente ici que le tueur ne semble jamais se salir les mains. Une liberté semblable à celle des animaux que Winner montre souvent en métaphore, mais toujours enfermés dans un zoo ou au bout d'une laisse comme le léopard du commanditaire de Bishop, nous rappelant ainsi que cette attrayante liberté n'est qu'illusoire. La conclusion montre clairement que toute idée de collaboration et d'amitié est prohibée dans ce milieu.

Sans réel message, le film n'en dégage pas moins une impression de malaise et d'étrangeté avec un Charles Bronson dans un contre-emploi fort bien négocié. Par la suite, le discours commun des deux hommes va davantage se radicaliser et finir par tourner en boucle avec la saga des "Un justicier dans la ville".