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"Le crime de l'Orient-Express" version 2017

titre original "Murder on the Orient Express"
année de production 2017
réalisation Kenneth Branagh
scénario d'après le roman éponyme d'Agatha Christie
photographie Haris Zambarloukos
musique Patrick Doyle
interprétation Kenneth Branagh, Penélope Cruz, Johnny Depp, Derek Jacobi, Michelle Pfeiffer, Judi Dench, Willem Dafoe, Daisy Ridley
version précédente "Le crime de l'Orient-Express", Sidney Lumet, 1974

La critique de Didier Koch

S'il a mené une partie de sa carrière à Hollywood, Kenneth Branagh reste profondément attaché à ses origines britanniques. C'est toujours avec délice qu'il se lance dans des adaptations des grands auteurs anglais. William Shakespeare à ses débuts et de façon régulière (5 films), Mary Shelley ("Frankenstein", 1994) ou encore Harold Pinter ("Le Limier", 2007). Il n'est donc pas étonnant de le voir prendre la direction de celle du "Crime de l'Orient-Express" (Agatha Christie), produite par Ridley Scott, que ce dernier avait dans ses tiroirs depuis 2013.

Une première version sans doute un peu trop sage avait été réalisée en 1974 par Sidney Lumet, avec Albert Finney dans le rôle d'Hercule Poirot. À l'époque, les adaptations des romans d'Agatha Christie étaient plutôt en vogue, donnant l'occasion au spectateur d'assister à un défilé de stars parfois sur le retour. C'est ainsi que Lauren Bacall,  Richard Widmark, Ingrid Bergman, Sean Connery, John Gielgud, Jacqueline Bisset et Anthony Perkins se prêtèrent au jeu des suspects enfermés dans le prestigieux train et devant faire face à la sagacité féroce du célèbre détective belge.

Kenneth Branagh ne déroge pas à la règle, ayant à sa disposition rien moins que Johnny Depp, Penélope Cruz, Julie Dench, Willem Dafoe ou encore Michelle Pfeiffer. Rien de neuf sous le soleil de ce côté-là. C'est plutôt sur les nouveaux moyens apportés par la technologie que mise Branagh pour renouveler le genre. Les décors enneigés traversés par l'Orient-Express sont abondamment mis en avant pour un effet des plus réussis, tout comme l'intérieur luxueux des wagons est magnifiquement rendu, alors que la scène introductive donne une image époustouflante de la ville d'Istanbul au début du XXe siècle.

Ces apports justifient donc pleinement la démarche, même si l'on peut juger la prestation un peu outrancière de Kenneth Branagh en Hercule Poirot moins satisfaisante que celle d'Albert Finney, plus nuancée, sans parler des interprétations tout en bonhommie de Peter Ustinov dans d'autres aventures de Poirot.

Le budget était bien sûr très conséquent, et le risque plutôt grand de se mesurer aux films de super héros. Le pari a été réussi, et il faut saluer cette volonté de faire connaitre le patrimoine littéraire mondial, même s'il faut quelquefois en travestir un peu l'esprit pour le faire accepter par les spectateurs du XXIe siècle. Comme annoncé à la fin du film, "Mort sur le Nil" est en chantier pour 2019. On attend de voir si Branagh saura faire progresser vers un peu plus de retenue son Hercule Poirot, dont la moustache n'a d'égal que sa capacité déductive.