Menu Fermer

"La planète des singes : suprématie"

titre original "War for the planet of the apes"
année de production 2017
réalisation Matt Reeves
interprétation Andy Serkis, Woody Harrelson
épisodes précédents "La planète des singes : les origines", Rupert Wyatt, 2011
"La planète des singes : l'affrontement", Matt Reeves, 2014

La critique de Didier Koch

Il en va souvent ainsi des sagas cinématographiques : plus les épisodes se succèdent, et plus le propos de départ souvent original se dilue dans les redites inutiles ou les variations plus ou moins baroques qui égarent le spectateur, provoquant à la longue son désintérêt. Cela avait déjà été le cas pour le film mythique de Franklin J. Schaffner avec Charlton Heston sorti en 1968, qui avait été très rapidement suivi de quatre suites sans intérêt, puis d'une série télévisée qui acheva d'enterrer le concept pour longtemps.

Les deux premiers volets de cette remise au goût du jour justifiée, certes par le manque d'imagination des scénaristes, mais aussi par le formidable bond en avant réalisé par les effets spéciaux, avaient été tout à fait honorables, récoltant en retour un énorme succès public. L'idée de reprendre l'histoire avant la domination de la planète par les singes (le film de 1968 prenait cet état de fait comme un postulat de départ) avait permis d'appuyer le scénario sur les problématiques contemporaines liées au danger de la course à l'exploitation sans retenue des ressources naturelles.

Malheureusement, ce troisième volet ne semble pas savoir comment pousser un peu plus loin la réflexion entamée. Les singes se rapprochant de plus en plus du comportement des humains, les deux scénaristes (Matt Reeves et Mark Bomback) sont tombés dans le piège facile du film d'action standard et, du coup, tentent vainement de masquer leur carence narrative en multipliant les références à des films cultes. "Apocalypse Now" de Francis Ford Coppola est ainsi ouvertement plagié avec le rôle dédié à Woody Harrelson qui, crâne rasé et parole rare, propose sans grande conviction une pâle réplique de l'inoubliable colonel Kurtz, dernier grand rôle de l'immense Marlon Brando.

Un soupçon de "La grande évasion" (John Sturges, 1962) et un zest du "Pont de la rivière Kwaï" (David Lean, 1957) finissent d'afficher une panne d'inspiration qui finit tout de même par amener César et ses congénères à l'aube d'une nouvelle ère, débarrassée de la soif d'anéantissement de l'homme. Espérons que sagement, les producteurs les laisseront mener en toute quiétude la tâche immense qui les attend. Pas sûr !