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"L'infernale poursuite"

titre original "Mr. No Legs"
année de production 1979
réalisation Ricou Browning
interprétation Ted Vollrath, Rance Howard

La critique de Sébastien Miguel

"Chinatown", "Le Parrain", "Apocalypse Now"... Films légendaires, époque mythifiée (et idéalisée) des années 70. Pourtant, il serait ridicule de croire que tous les films de l'époque furent d'une qualité parfaitement égale. Et c'est le moins que l'on puisse dire avec cette hallucinante "Poursuite" ! Une reconnaissance éternelle à Ricou Browning qui nous rappelle à quel point les films d'exploitation furent effroyables, lamentables.

Inoubliable sous les coutures de "La créature du lagon noir" de Jack Arnold (1954), Browning signe son unique film. Comme Charles Laughton ("La nuit du chasseur", 1955) ou Marlon Brando ("La vengeance aux deux visages", 1961), l'homme grenouille du cinéma américain (il fut le cameraman de "Flipper le dauphin" !) réinvente (d'une certaine manière…) les codes du film de genre. Mais de quel genre s'agit-il ? Film policier ? Film de kung-fu ? Film d'exploitation ? Eh bien, tout cela à la fois, et bien plus encore !

Série ultra Z, racoleuse et absolument délirante, "L'infernale poursuite" choque par la folie qui l'habite. Cul de jatte expert en kung fu, avec fusils de chasse et shuriken dans les accoudoirs de son fauteuil roulant, Mister No Legs est un sacré méchant. Deux flics miteux vont tenter de le coffrer dans une succession de scènes invraisemblables et de répliques ineptes. Le film (?) multiplie les scènes de bravoure : No Legs faisant des pompes sur son fauteuil, No Legs se battant comme un Ninja, Browning filmant une bagarre générale dans un bar minable avec nain et serveur vintage, fusillade autour d'une piscine (décor utilisé une bonne dizaine de fois dans le film). On pense à une relecture de "French connection" lorsque le cinéaste met en scène une poursuite interminable de 20 minutes, l'une des plus lamentables de l'histoire du cinéma…

Le générique groovy nous replonge avec délectation dans une époque esthétiquement cauchemardesque, et la réplique finale sonne comme une excuse, une demande de pardon.

Nanar collant et salissant, mais profondément délectable.