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"Juge et hors-la-loi"

« Si cette histoire ne s'est pas passée comme cela, elle aurait dû. » (John Milius)

titre original "The life and times of Judge Roy Bean"
année de production 1972
réalisation John Huston
scénario John Milius
musique Maurice Jarre
interprétation Paul Newman, Jacqueline Bisset, Ava Gardner, John Huston, Anthony Perkins, Stacy Keach

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

À partir de faits authentiques et déjà évoqués par William Wyler dans "Le cavalier du désert", Huston construit un récit picaresque, bourré d'humour et qu'il est difficile de prendre au sérieux. On en retiendra la façon dont naît une légende dans l'Ouest.

La critique de Didier Koch

Lors de la mise en chantier de ce western picaresque, Huston a 65 ans, c’est dire qu’il aborde la dernière partie de sa carrière. Déjà franc-tireur dans sa jeunesse, le vieux réalisateur n’entend plus qu’on lui dicte sa conduite. Alors que le genre est moribond aux États-Unis, ne survivant plus qu’en Europe avec l’avènement de Sergio Leone, il nous concocte un western complètement iconoclaste, plus dans la lignée de "Plus fort que le diable" ("Beat the devil", 1953) que de celle des films historiques qu’il a entrepris à l’aube des années 60. C’est Paul Newman qui accompagne Huston dans cette folle entreprise.

"Juge et hors-la-loi" montre bien la conception de la vie que devait avoir le cinéaste, faite d’un mélange souvent détonnant d’ordre et d’anarchie. À travers cette communauté qui se fonde autour de Paul Newman, despote improvisé, c’est toute l’histoire de l’Ouest qui s’invite à la porte du village. Le chemin de fer tout d’abord, qui fait que l’Ouest ne sera plus jamais complètement sauvage, et le pétrole enfin, qui fait entrer brutalement le pays dans l’ère industrielle. Le juge Roy Bean, qui a créé sa propre loi, sera dépassé par un associé plus adapté que lui à l’époque qui s’annonce. Quand il reviendra du néant, il choisira de mourir avec ses idées plutôt que d’affronter un monde qu’il ne comprend plus. Il n’aura même pas l’occasion de rencontrer la fameuse Lily Langtry, sorte de Sarah Bernhardt américaine qu’il aura passé sa vie à vénérer et à attendre qu’elle visite un jour son village à l'occasion d’une tournée. Devenue réalité en la personne de la très belle Ava Gardner, cette visite, alors que le pauvre Bean est passé à trépas, montre bien la vacuité de nos existences. C’est pour cette raison, semble nous dire Huston, qu’il faut veiller tout le long de notre court passage sur cette terre à vivre sans entraves nos passions. Précepte qu’il s’est appliqué à lui-même avec le plus grand soin.

Le film est parsemé de rencontres insolites qui ajoutent encore à l’incongruité du métrage, que ce soit Anthony Perkins, Stacey Keach, Ava Gardner donc, ou Huston lui-même.

Tel était John Huston, bouillonnant et pétri d’humanité, avec un regard sans concession mais attendri sur ses semblables.

Ava Gardner et Paul Newman sur le tournage du film