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"It follows"

titre original "It follows"
année de production 2014
réalisation David Robert Mitchell
scénario David Robert Mitchell
interprétation Maika Monroe

La critique de Didier Koch

Le renouvellement dans le genre horrifique est souvent annoncé, mais rarement à la hauteur des annonces publicitaires, notamment dans le genre du found footage où les effets sont quelquefois à mille lieux du concept promis comme devant générer des frousses devant vous empêcher de dormir pendant des semaines.

"It follows" tient, lui, toutes ses promesses, et ceci, sans grandes arabesques scénaristiques. Rien que la peur à l'état brut qui frappe des adolescents juste après leur premier rapport amoureux, quand ils découvrent effrayés qu'ils sont désormais suivis par un(e) mort-vivant(e) visible seulement d'eux-mêmes qui, d'un pas lent mais inaltérable, se rapproche de sa proie.

La fuite loin devant soi en voiture ne donne qu'un peu de répit, idem pour l’enfermement. Seule solution, avoir un rapport sexuel avec un nouveau partenaire pour transmettre le mystérieux mal et avoir un vague espoir de s'en débarrasser. Jay (Maika Monroe), frappée récemment par le mal, sera aidée de sa sœur et de ses trois amis pour tenter d'éliminer ce virus d'un genre nouveau.

A priori, rien de renversant dans l'évocation du pitch issu d'un cauchemar que le jeune réalisateur David Robert Mitchell faisait de manière récurrente dans son enfance. La force du film provient du décalage rythmique imposé par le jeune réalisateur, qui puise chez Hideo Nakata ("Ring" en 1998) cette impression d’inexorabilité tranquille de l’horreur renforcée par les décors délabrés du Detroit post-crise bien connu du réalisateur originaire de l’ancienne capitale automobile de l’Amérique.

Puisqu’il s’agit de transmettre le mal par voie sexuelle, on pense bien sûr à une nouvelle MST rappelant, non pas le sida, mais la syphilis qui provoquait chez le sujet à son stade terminal des troubles de la personnalité et des perturbations sensorielles comme l’autoscopie (sensation de voir son double) qui s’incarne dans le folklore horrifique par le doppelgänger, double fantomatique n’ayant pas de reflet dans un miroir (repris par la suite pour le mythe du vampire). Guy de Maupassant, frappé par la grande vérole comme il nommait la syphilis, mal endémique du XIXème siècle, décrira très bien le phénomène dans deux nouvelles restées célèbres : "Lui ?" (1883) et "Le Horla" (1886). Ici, il ne s’agit pas du double, mais peut-être de tous les exclus de la crise qui, refusant leur sort, se rappellent au souvenir des habitants des beaux quartiers.

En ce sens, ainsi que beaucoup de ses prédécesseurs comme George Romero, John Carpenter ou Joe Dante, Mitchell semble placer son film en prise directe avec les évènements de son époque par le biais de la métaphore. Si un auteur semble être né, il faudra voir comment il négociera le virage du succès pour affiner le jugement sur un début de carrière plus que prometteur.