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"Fargo"

titre original "Fargo"
année de production 1996
réalisation Joel Coen
scénario Joel Coen et Ethan Coen
production Ethan Coen
interprétation Frances McDormand, Steve Buscemi, William H. Macy, Peter Stormare
récompenses • Oscar du meilleur scénario original
• Oscar de la meilleure actrice pour Frances McDormand
• Prix de la mise en scène au festival international du film de Cannes 1996

La critique de DVDClassik : cliquer ici.

La critique de Pierre

14 ans après, toujours un chef-d'œuvre !

Le pitch : contrairement à ce qui est dit dans le carton d'ouverture, l'histoire est complètement inventée par les frères Coen et n'a RIEN de véridique. Si vous ne la connaissez pas, cessez de lire cette review et allez voir le film.

Bon, pas facile de parler de la perfection. Je vais livrer deux, trois idées qui me viennent.

D'abord, c'est un film assez original pour les frères Coen. Tout ce qu'ils ont fait avant et après se rattache globalement à une tradition cinématographique ou surtout littéraire. C'est très vrai pour "Sang pour sang", "Arizona junior", "Miller's Crossing", ou pour les films suivant "Fargo", de "The big Lebowski" à "The Barber". Ici, même si l'histoire est inventée, on sent un désir de faire "véridique". C'est pas du Cassavetes, mais ça se veut plus en prise sur le réel. Et c'est leur meilleur film, easy.

Ensuite, on peut dire, en essayant de ne pas être trop pompeux, que c'est une espèce de fable sur l'absurdité de la vie, intégralement symbolisée par le personnage de Jerry Lundergard, à lui seul LA plus grande création des frères Coen, interprété par un William H. Macy qui trouve ici le rôle de sa vie. Sa prestation est d'une perfection éblouissante, du niveau Martin Laudau en Bela Lugosi ("Ed Wood"), pour prendre un exemple issu des mêmes années. C'est un personnage universel. Il a 15 grands moments dans le film, évidents ou plus infimes. J'en retiens un, quand Stan Grossman, l'associé de son beau-père, lui demande comment il va parler à son fils de l'enlèvement de sa mère : le visage de Macy fait tout passer en une seconde : le mec avait complètement oublié qu'il avait un fils et, a fortiori, ce qu'il allait bien pouvoir lui dire. Quand la bêtise est décrite avec un tel art, c'est éblouissant.

Tout est parfait dans le film (photo, musique, scénario), mais j'ai envie de parler de la beauté des dialogues dans ce film. Toutes les phrases sont mémorables et, du coup, chaque scène du film est une réussite. Surtout que les Coen jouent, comme dans beaucoup de leurs films, sur la répétition par les personnages d'une ou deux phrases-clé : « I'm not gonna debate with you, Jerry », « The heck, you mean? », « I'm cooeperating here! », etc.

Enfin, mention spéciale à Michelle Hutchison, la prostituée que Steve Buscemi lève dans un concert de Jose Feliciano : elle reste deux minutes à l'écran, mais elle est d'une drôlerie imparable. Bravo à elle.

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Il s'agit d'un (soi-disant) fait divers authentique survenu à Minneapolis, pays des frères Coen. « Les paysages, les décors, font partie intégrante du film. Ils sont typiques du Midwest au même titre que les personnages avec leur sensibilité et leur mentalité particulière », ont déclaré les auteurs. Assez curieusement, tout est enraciné dans une tradition locale et il est significatif que les héros de l'aventure portent des noms suédois, Peter Stormare, qui joue l'un des kidnappeurs, ayant même joué dans "Fanny et Alexandre" de Bergman. Autre originalité : l'humour noir, qui permet d'éviter l'horreur que procurerait au spectateur une histoire aussi sanglante. Enfin, détail qui en dit long : Frances McDormand, qui joue le rôle de la femme-flic enceinte jusqu'aux yeux, est la femme de Joel Coen. Le film reçut le Prix de la mise en scène à Cannes en 1996, et, pour une fois, c'était justice.