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"Échec à l'organisation"

titre original "The Outfit"
année de production 1973
réalisation John Flynn
scénario John Flynn, d'après le roman éponyme de Richard Stark alias Donald E. Westlake
photographie Bruce Surtees
musique Jerry Fielding
interprétation Robert Duvall, Karen Black, Joe Don Baker, Robert Ryan, Joanna Cassidy,
Elisha Cook Jr., Marie Windsor, Jane Greer

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Bon policier, avec une violence certaine, quoiqu'un peu retenue, surtout quand on possède un turbo comme Joe Don Baker, si grandiose, la même année, dans "Tuez Charley Varrick". Dernier film pour Robert Ryan mort à 64 ans.

La critique de Didier Koch

John Flynn est un cinéaste relativement confidentiel, dont la carrière de réalisateur de films de genre n’aura jamais vraiment décollé à Hollywood, malgré quelques films de très bonne facture livrés entre 1973 et 1987, dont cet excellent "Échec à l’organisation" tiré d’un roman de Richard Stark.

Le scénario est relativement classique : un repris de justice qui, à sa sortie de prison, décide de venger son frère tué par la mafia parce qu’il a participé au hold-up d’une banque appartenant à l’organisation. Si Flynn s’y entend pour mener rondement le déroulement de cette intrigue plutôt basique, c’est de l’ambiance retranscrite que le film tire toute sa force brute, s’inscrivant de plain-pied dans cet âge d’or devenu culte du polar américain des années 70.

Earl Macklin (Robert Duvall) est un solitaire aux principes solidement ancrés et à la détermination sans faille. Il a décidé que le meurtre de son frère exigeait réparation sonnante et trébuchante et dès lors, rien ne le fera dévier de sa route. Robert Duvall, dont le physique n’est pas particulièrement impressionnant, est parfait dans ce registre qui relève plutôt de la panoplie d’un John Wayne ou d’un Clint Eastwood. Jusqu’au bout, les pontes de la mafia, dont Mailer joué par un Robert Ryan en bout de course, vont mésestimer Macklin qui n’arrêtera pas de les surprendre par son audace et sa promptitude.

Le parcours d’Earl dans les paysages battus par les vents des villes et campagnes de l’Ouest américain est parsemé de tronches que Flynn est allé chercher chez les vétérans d’Hollywood, comme Robert Ryan donc, Elisha Cook Jr., Marie Windsor ou Jane Greer, qui parfument le film d’une nostalgie de la grande époque des films noirs. Aidé de ces partenaires de choix auxquels il faut ajouter la très énigmatique Karen Black, le massif Joe Don Baker et la très pulpeuse Joanna Cassidy, Robert Duvall inonde le film de tout son talent, alors qu’il commence tout juste à aborder les premiers rôles après dix ans de carrière. C’est l’occasion pour lui de montrer son éclectisme passant sans aucun problème du rôle de l’avocat ductile et raffiné Tom Hagen, fils adoptif de Don Corleone ("Le Parrain") à celui de Earl Macklin, petit truand violent et obstiné qui s’accroche à des valeurs et à une indépendance qui s’envolent à mesure que le crime s’industrialise.

Les pérégrinations d’Earl dans les différents repères de la mafia qu’il rapine sans vergogne sont l’occasion de scènes fort bien écrites, notamment au niveau des dialogues, que Flynn, scénariste de son film, a particulièrement soignés, comme cette réplique où débarquant dans un bar pour parler à un sbire de Mailer (Robert Ryan), il assène à un barman qui lui en refuse l’accès : « Sache que je ne parle pas aux hommes qui portent un tablier ».

Il n’y a donc vraiment rien à jeter dans ce film, archétype du genre dit du polar crasseux qui était alors à son zénith. On peut donc s’étonner à sa vision du parcours chaotique de Flynn qui, par la suite, sombrera doucement dans l’anonymat après un film de prison, "Haute sécurité", lui aussi du meilleur effet.

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