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"Dialogue de feu"

titre original "A gunfight"
année de production 1971
réalisation Lamont Johnson
scénario Harold Jack Bloom
interprétation Kirk Douglas, Johnny Cash, Jane Alexander, Karen Black, Keith Carradine

La critique de Sébastien Miguel

Après les échecs commerciaux que furent "L’Arrangement" et "Le Reptile" (sorte d’aboutissement pour l’acteur et véritable chef-d’œuvre pirandellien de Mankiewicz), Kirk Douglas entamera une véritable descente aux enfers dans les années 70. Une avalanche de navets : "Un homme à respecter" (1972), "Une fois ne suffit pas", "Holocauste 2000" (1977) et le catastrophique "Cactus Jack". Surnageant dans ce flot de productions médiocres : "La brigade du Texas" (qu'il réalise), "Furie" de De Palma et une minuscule production, "Dialogue de feu", de Lamont Johnson.

C’est avec ce minuscule western (entièrement financé par les Indiens Apaches Jicarilla) que Kirk Douglas signera ses adieux au genre.

Excellent scénario d’Harold Jack Bloom confrontant un gunfighter vieillissant (Douglas) à une légende de l’Ouest égarée (Johnny Cash !). Kirk Douglas excelle en tireur hâbleur, égocentrique et vaniteux (s’agit-t-il d’un autoportrait ?) et Cash affiche un fatalisme désabusé d’autant plus crédible qu’il apparaît derrière une façade de granit imposante.

La production famélique (assez proche d’un téléfilm) et le manque de nerf de la mise en scène accentuent la tristesse de cette fin de l’Ouest. L’idée visionnaire d’une mise à mort payante dans une arène mexicaine annonce les fictions abordant les jeux de télé réalité et leurs abjectes exploitations de spectacles obscènes.

Rarissime pour un western : deux beaux portraits de femme, avec Jane Alexander en épouse fataliste et la toute jeune Karen Black touchante en prostituée à la lucidité éloquente. Keith Carradine, dont c’est le premier rôle, est formidable en jeune tueur avide de gloire.

Formellement indigent, mais un sur-western brillant à la pirouette narrative finale étonnante.

La critique de Didier Koch

"Dialogue de feu" est un western très atypique tourné à une époque où le genre, depuis un moment en perdition, tentait quelques résurgences hors des sentiers battus par les John Ford, Raoul Walsh et Howard Hawks.

Fini les indiens, déjà presque tous exterminés, ne reste plus que deux repris de justice qui vont s’affronter dans un duel inéluctable. L’âge venant, l’un s’est rangé, l’autre continue son chemin sans but précis. C’est le sort tragique des héros de l’Ouest finissant que nous conte Lamont Johnson, réalisateur de télévision américain pour l'une de ses rares incursions sur grand écran.

Leur réputation précède les rois de la gâchette, qui savent tous qu’un jour ou l’autre, ils seront défiés et tués par un plus rapide qu’eux. Mais la populace attend leur affrontement, et même s’ils n’en ont plus très envie, ils seront obligés de donner sa pitance à leur public qui n'a pas renoncé à ses jeux du cirque, comme autrefois les Romains courraient voir les gladiateurs se faire dévorer dans l'arène. Les deux adversaires devenus complices vont donc organiser les choses pour qu’elles soient au moins lucratives pour celui qui restera en vie : « Le peuple veut du sang ? Eh bien, qu’il paie ! », comme le dit Kirk Douglas alias Will Tenneray.

Western crépusculaire, interprété par deux grandes stars (Johnny Cash, célèbre chanteur de country alors au sommet de sa gloire, qui apparaîtra dans un épisode de la série "Columbo"), démontrant en une heure et demi l’absurdité de toute une mythologie que les Yankees ont tenté de construire sur le dos des indiens.

Kirk Douglas et Johnny Cash sur le tournage du film