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"Croix de fer"

titre original "Cross of Iron"
année de production 1977
réalisation Sam Peckinpah
photographie John Coquillon
interprétation James Coburn, Maximilian Schell, James Mason, David Warner

Le titre du film

Il fait référence à une décoration militaire allemande qui fut établie comme un honneur militaire par le roi Frédéric-Guillaume III de Prusse en 1813 lors des guerres napoléoniennes. Décoration préférée de Hitler (lui-même ayant été décoré), elle a largement été utilisée par le Troisième Reich comme décoration militaire et outil de propagande.

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Unique film de guerre de Sam Peckinpah, dans l'œuvre duquel la guerre sous quelque forme que ce soit est cependant souvent présente, "Croix de fer" est le film du genre le plus radical dans la représentation de la guerre qu'il dépouille de toute grandeur, de tout héroïsme : ce ne sont que corps déchiquetés, mutilés, désarticulés, sanglants.

Les protagonistes eux-mêmes échappent aux codifications habituelles : le "héros" n'a plus rien d'exemplaire et, comme les autres, n'est plus qu'un animal traqué, mû par le seul instinct de conservation auquel le fait de tuer apporte la preuve qu'il vit.

D'un gros et touffu livre indigeste s'inscrivant dans la tradition du roman de guerre dénonçant les "horreurs de la guerre", Peckinpah a réalisé, dans un style résolument agressif, un film dense et efficace sur la fascination qu'exerce la guerre sur tout individu, et qui culmine en parabole sur toutes les guerres de par le monde menées par des monstres identiques aux protagonistes qui ressemblent à tout un chacun.

La critique de Didier Koch

En 1977, Sam Peckinpah est au plus mal avec les studios hollywoodiens et il éprouve de plus en plus de difficultés à monter ses projets. Il ne lui reste que deux films à réaliser, et sa santé est déjà très chancelante. C'est donc un homme amer et en révolte qui s'envole avec son équipe de tournage en Yougoslavie pour cette "Croix de fer" qui fera la somme de toutes ses préoccupations.

Si son cinéma est réputé violent, Peckinpah est viscéralement contre la guerre qui est la pire invention de l'homme. Il va l'illustrer brillamment, malgré le peu de moyens dont il dispose, en se plaçant délibérément du côté des vaincus, ce qui reflète sans doute son état d'esprit du moment alors même que son combat contre les moguls l'a rendu presque exsangue. Dans le bourbier du front russe qui sonne le glas de la macabre aventure nazie, pendant que chacun lutte pied à pied pour sa vie, certains continuent à mener des combats personnels. À travers ce paradoxe, Peckinpah résume toute la vacuité de l'âme humaine, qui conduit un capitaine à venir sur un front qui s'écroule pour récolter la "croix de fer" qui lui permettra de rentrer dans sa famille d'aristocrates la tête haute.

S'engage alors, entre le sergent Steiner (James Coburn) et le capitaine Stransky (Maximilian Schell), une opposition qui traduit toute l'immensité du gouffre qui sépare la classe dirigeante des classes laborieuses. Steiner, peu convaincu de l'idéal nazi, tente, au-delà de sa propre survie, de préserver celle des hommes dont on lui a confié le commandement, mais la guerre et l'aura qu'elle lui procure lui font repousser les limites de son humanité. Stransky, lui aussi assez éloigné de la doctrine et persuadé de la supériorité de sa condition, fait peu de cas du sort des hommes de troupes au nom de sa quête inutile.

Peckinpah n'oublie rien de tous les sentiments qui peuvent animer les hommes en temps de guerre, des plus nobles aux plus vils. Éloigné du front pour blessure, Steiner n'a plus d'autre horizon que celui du front où sont encore ses hommes, et la belle Senta Berger ne pourra rien faire pour le retenir. Ce désarroi des hommes au retour du front aura été souvent décrit par la suite dans les films évoquant la déroute yankee au Vietnam.

On ne fait jamais la guerre pour de bonnes raisons, c'est la leçon tirée par Peckinpah. Le grand réalisateur illustre son propos par la vision de la chute des corps au ralenti selon le procédé qu'il inaugura avec "La horde sauvage". La démonstration avait déjà commencé dès le générique, avec le contraste saisissant des images d'archives sur fond de comptine enfantine montrant les dignitaires nazis en parade face au résultat morbide de leur politique. Au combat, les barrières sociales finissent par tomber, c'est par cette maxime que Peckinpah conclut son film, en laissant ses deux héros partir ensemble vers la mort pour chercher cette fameuse "croix de fer" dérisoire.

Les acteurs sont tous sublimes au service du maître, de James Coburn, minéral à souhait, en passant par James Mason en colonel pétri de l'honneur prussien, jusqu'au sublime Maximilian Schell jouant merveilleusement ce capitaine de pacotille à l'homosexualité refoulée, sans parler de la très sensuelle Senta Berger qui ne parviendra pas à raisonner le sous-officier démobilisé.

Les paroles de la chanson "Hänschen klein"

Hänschen klein
Ging allein
In die weite Welt hinein.
Stock und Hut
Steht ihm gut,
Ist gar wohlgemut.
Doch die Mutter weinet sehr,
Hat ja nun kein Hänschen mehr !
„Wünsch dir Glück !“
Sagt ihr Blick,
„Kehr’ nur bald zurück !“
Sieben Jahr
Trüb und klar
Hänschen in der Fremde war.
Da besinnt
Sich das Kind,
Eilt nach Haus geschwind.
Doch nun ist’s kein Hänschen mehr.
Nein, ein großer Hans ist er.
Braun gebrannt
Stirn und Hand.
Wird er wohl erkannt ?
Eins, zwei, drei
Geh’n vorbei,
Wissen nicht, wer das wohl sei.
Schwester spricht :
„Welch Gesicht ?“
Kennt den Bruder nicht.
Kommt daher die Mutter sein,
Schaut ihm kaum ins Aug hinein,
Ruft sie schon :
„Hans, mein Sohn !
Grüß dich Gott, mein Sohn !“