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"Chacun sa chance"

titre original "Everybody wins"
année de production 1990
réalisation Karel Reisz
scénario Arthur Miller, d'après sa propre pièce
photographie Ian Baker
musique Mark Isham
interprétation Nick Nolte, Debra Winger, Jack Warden

La critique de Didier Koch

Réalisateur anglais d'origine tchécoslovaque, Karel Reisz a fait ses débuts de réalisateur en devenant, aux côtés de Tony Richardson, Lindsay Anderson et John Schlesinger, l'un des principaux animateurs du Free cinema, sorte de mini Nouvelle Vague qui bouscula les codes du cinéma britannique au début des années 1960. En trente ans de carrière, il ne réalisera que neuf longs métrages entre Hollywood et l'Angleterre de ses débuts.

"Chacun sa chance", où il retrouve Nick Nolte après l'avoir dirigé dans le très beau et méconnu "Les guerriers de l'enfer", est son dernier film avant qu'il ne se consacre définitivement au théâtre jusqu'à sa mort à Londres en 2002. Il s'agit de l'adaptation d'un scénario original du grand dramaturge new-yorkais Arthur Miller.

Tom O'Toole (Nick Nolte), un détective privé réputé pour sa pugnacité, est sollicité par Angela Crispini (Debra Winger), une jeune femme au statut indéfini, pour l'aider à obtenir la libération d'un adolescent emprisonné pour le meurtre de son oncle, dont elle est persuadée qu'il est innocent et victime d'un complot destiné à masquer une vérité qui, mise à jour, impliquerait moult notables locaux. Le détective, tout d'abord étonné par l'intense entreprise de séduction déployée par sa commanditaire pour lui faire accepter l'affaire, tombe rapidement amoureux.

La personnalité très tourmentée et aux multiples facettes de Miss Crispini va grandement compliquer une enquête qui, par des chemins détournés, lève le voile sur les turpitudes des édiles locaux. Pris dans la mélasse que lui concocte la troublante Angela, O'Toole va finalement comprendre qu'il n'a été que le dé d'un jeu de l'oie qui se joue sans lui.

Le film a été plutôt fraichement reçu par la critique américaine, hormis Pauline Kael, l'influente critique du New Yorker, l'une des seuls à avoir apprécié les arabesques finement ciselées par Arthur Miller, dont Karel Reisz s'est habilement servi pour mettre en valeur le jeu de Debra Winger alors au sommet de sa courte gloire, qui exprime encore une fois cette manière si particulière d'habiter ses rôles qui en fait une actrice à part.

Le portrait acerbe des mœurs de la bourgeoisie de province américaine, prête à user de tous les stratagèmes pour préserver sa tranquillité et ses intérêts, est gravé du sceau de la dérision grâce à la performance tout en finesse d'un Nick Nolte, dont on ne dira jamais assez qu'il a été l'un des plus grands acteurs de sa génération. La musique enjouée de Mark Isham finit de donner le ton.

Souvent à contre-courant, mais aussi perspicace, Pauline Kael avait bien raison : ce dernier film de Karel Reisz n'a rien d'infamant, bien au contraire, concluant d'une manière fort réjouissante une filmographie certes très resserrée, mais sans aucun compromis.

On notera enfin, outre la présence de l'indispensable Jack Warden, la prestation complètement hallucinée de Will Patton en loubard déjanté aux envolées christiques.