Menu Fermer

"Butch Cassidy et le Kid"


titre original "Butch Cassidy and the Sundance Kid"
année de production 1969
réalisation George Roy Hill
scénario William Goldman
photographie Conrad L. Hall
interprétation Paul Newman, Robert Redford, Katharine Ross, Cloris Leachman, Sam Elliott
   
récompenses • Oscar du meilleur scénario original
• Oscar de la meilleure photographie
• Oscar de la meilleure musique
• Oscar de la meilleure chanson originale ("Raindrops keep fallin' on my head")
   
préquelle "Les joyeux débuts de Butch Cassidy et le Kid", Richard Lester, 1979

La critique de Citizen Poulpe : cliquer ici.

La critique de DVDClassik : cliquer ici.

La critique de Didier Koch

En 1970, le western est pratiquement moribond à Hollywood, ayant in extremis trouvé un second souffle en Europe où les Italiens, à la suite de Sergio Leone, enchaînent les "spaghetti". Ne subsistent que quelques initiatives individuelles et disparates comme "Cat Ballou" d'Elliot Silverstein (1965), "Soldat bleu" de Ralph Nelson, "Little big man" d'Arthur Penn, "Un homme nommé Cheval" encore d'Elliot Silverstein, "John McCabe" de Robert Altman, "Juge et hors-la-loi" de John Huston ou "Jeremiah Johnson" de Sydney Pollack. Le seul qui s'accroche de manière durable au genre est Sam Peckinpah, dont la violence stylisée lui attire les pires ennuis avec les producteurs qui progressivement lui coupent les vivres.

La démarche de Roy Hill participe de ces initiatives qui, telles "Cat Ballou", "Le Reptile" ou "Little big man", lorgnent du côté de la dérision. L'idée est de reprendre, en la romançant, la légende de brigands célèbres comme Butch Cassidy et Sundance Kid pour constituer un duo de charme susceptible d'apporter un fort capital de séduction à l'entreprise. À l'époque, Paul Newman est incontournable et il s'impose d'emblée comme l'élément phare du projet. À ses côtés, les producteurs pensent à Steve McQueen, Marlon Brando ou Warren Beatty, mais George Roy Hill veut donner sa chance à l'acteur en devenir qu'est alors Robert Redford. Après quelques démêlés et grâce à l'appui sans faille de Newman, Roy Hill finit pas imposer ses vues. L'assemblage fera merveille dans l'évocation d'une  "coolitude" très prisée à l'époque et permettra ainsi au film de décrocher la timbale au box office.

Les deux héros, célèbres dévaliseurs de banques, sont les derniers représentants d'un Ouest finissant, qui va bientôt laisser la place à une urbanisation galopante symbolisée par la bicyclette chevauchée par Newman dans une des scènes cultes du film où la chanson de Burt Bacharach "Raindrops keep fallin' on my head" donne l'aspect romantique voulu à ce joyeux et bucolique réveil matinal de la jolie Katharine Ross. Mais ces deux là ont beau philosopher sur leur devenir dans des contrées encore sauvages comme la Bolivie ou l'Australie, leur sort est scellé, et l'homme au chapeau de paille blanc qui mène la troupe de mercenaires à leur poursuite est bien payé pour éliminer définitivement la dernière entrave au progrès industriel qu'ils symbolisent.

Sur ce fond nostalgique et relativement pessimiste qui anime Roy Hill, comme beaucoup de ses contemporains désemparés par la perte de repères qui gangrène une Amérique minée par l'enlisement au Vietman et les conflits racistes qui enflamment le pays, se déroule une sorte de road movie picaresque où le metteur en scène, aidé de son directeur de la photographie Conrad L. Hall (Oscar pour le film), rend hommage à ces paysages tant de fois utilisés durant l'heure de gloire du western.

Le film est peu bavard pour laisser tout loisir au spectateur de s'imprégner de l'immensité des paysages que les deux hommes parcourent avec, à leurs trousses, une horde de mercenaires sans visages. Les deux héros, quoique souvent immatures, semblent avoir bien conscience de ce qui les attend, mais comme tous ces cowboys de la dernière heure, ils ne peuvent se résoudre à renoncer à leur style de vie. C'est sans doute pour cette raison qu'ils ne prennent aucune précaution dans leur fuite, préférant braver l'autorité jusqu'au bout plutôt que d'entrer dans le moule offert par la société de consommation qui doucement se met en place sous leur yeux.

La fiancée de Sundance Kid les suivra un moment dans leur fuite jusqu'en Bolivie, mais quand elle comprendra que la démarche de ces deux inadaptés est finalement suicidaire, elle préférera renoncer. C'est donc loin de chez eux, dans un village perdu de Bolivie, qu'ils braveront une dernière fois les autorités, seuls contre tout un bataillon. L'arrêt final sur image qui stoppent les deux héros dans leur dernier élan marque la fin définitive d'un mode de vie. Le film, on l'a dit, est empreint de nostalgie comme le symbolise le petit film muet qui anime le générique, mais c'est aussi et surtout une formidable ode à la liberté.

Robert Redford, Katharine Ross et Paul Newman sur le tournage du film