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"Bug"

titre original "Bug"
année de production 2006
réalisation William Friedkin
scénario Tracy Letts, d'après sa propre pièce
interprétation Ashley Judd, Michael Shannon, Harry Connick Jr.

La critique de Didier Koch

Dans la lignée de "Cruising", Friedkin nous plonge dans les affres de l’âme humaine, ici rongée par la paranoïa schizophrénique de ces deux personnages principaux, qui se persuadent que des insectes se sont glissés sous leur épiderme suite à une expérience subie à l’armée par l’élément mâle du couple (Michael Shannon). Le plus fort de l’histoire, et sans doute le plus captivant, est de voir comment la toute récente compagne de ce militaire déséquilibré entre dans le jeu de celui qu’elle a cru un moment capable de la sortir de l’enfer (son fils a été kidnappé quasiment sous ses yeux dans un supermarché six ans auparavant). À deux, la folie prend tout de suite une force exponentielle pour finir par aboutir à l’apocalypse par l’immolation.

Film très fort de ce grand vétéran, qui frappe un grand coup après plus de deux décennies de commandes plus ou moins réussies qui ne lui ont jamais permis de retrouver le lustre d’antan. La mise en scène est tirée au cordeau, et l’on voit tout de suite la différence entre un maître et un subalterne si l'on compare "Bug" avec "Black Snake moan"  (Graig Brewer, 2006), qui entendait nager dans les mêmes eaux.

Il faut aussi revenir sur la performance d’Ashley Judd qui, comme Meg Ryan avec Jane Campion dans "In the cut", opère un virage à 360° des plus réussis. Bravo l’artiste, qui aurait sans doute mérité un Oscar si le sujet avait été plus consensuel et donc propice à la consécration majeure. Dans les bonus du DVD, Friedkin revient sur son parcours et nous donne sa vision du cinéma actuel. Le tout sans amertume et avec une analyse très fine des raisons qui l’ont amené sur la voie de la confidentialité.

La critique de Pierre

Billy's back! Quatre ans après l'excellllent "Traqué", Friedkin nous revient dans une forme splendide avec ce "Bug", adapté d'une pièce de théâtre, qui sert aussi de véhicule pour Ashley Judd.

Le pitch ? Une femme vie seule dans un motel paumé au trou des États-Unis. Traumatisée par la perte d'un enfant, elle voit revenir son ancien mari qui sort de prison (Harry Connick Jr.). Elle se lie alors avec un paumé que lui amène une copine, un mec qui se dit ancien militaire poursuivi par des médecins de l'armée. Ensemble, Ashley Judd et ce drôle de mec vont se monter le bourrichon dans un délire paranoïaque. À moins que ce ne soit pas un délire... (je suis allé très au-delà du simple pitch, mais c'était le seul moyen).

Bon, ben, Friedkin rules. Super bien filmé, "Bug" déjoue parfaitement les pièges du théâtre filmé et reste prenant de bout en bout. On retrouve par instant le traitement saisissant et hyper réaliste de la maladie mentale (ou pas) qui avait si bien fonctionné avec le capitaine sait-tout. Et les acteurs sont parfaits.

Discrètement, Friedkin nous montre depuis deux films qu'il n'a rien perdu de son génie. Ça fait toujours du bien.

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Autant l'écrire tout de suite : "Bug" est un chef-d'œuvre. Un chef-d'œuvre qui, après l'efficace "Traqué", confirme le retour en grâce de William Friedkin, cinéaste incontournable qui, de "French connection" au "Sang du châtiment", en passant par "L'Exorciste", a déjà offert au septième art plusieurs classiques.

S'attaquant pour la troisième fois de sa carrière (après "Birthday party" et "Les garçons de la bande") à l'adaptation d'une pièce de théâtre, Friedkin signe ici un (quasi-)huis clos aussi magistral et virtuose qu'angoissant, dont le spectateur, pris aux tripes, ne sort pas indemne. Impossible en effet de ne pas être ébranlé par ce métrage de fou, à la fois réflexion sur la paranoïa et son caractère contagieux et thriller jusqu'au-boutiste.

Le pari n'était pourtant pas gagné d'avance, le huit clos étant un exercice des plus délicats. Mais « le cinéaste, soutenu par une interprétation époustouflante, dominée par Ashley Judd et Michael Shannon (et le crooner Harry Connick Jr., très à son aise dans le rôle de l'ex-mari violent), a du métier et, maniant ici l'art de la suggestion avec brio, s'en tire haut la main et nous offre à l'arrivée un monument, à la folie... contagieuse. » (L'Ecran fantastique)