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"Apprenti gigolo"

titre original "Fading gigolo"
année de production 2013
réalisation John Turturro
scénario John Turturro
interprétation John Turturro, Woody Allen, Vanessa Paradis, Liev Schreiber, Sharon Stone

La critique de Didier Koch

Depuis une dizaine d'années, Woody Allen a renoncé à apparaître dans ses films, sentant qu'il avait épuisé, l'âge venant, le personnage d'angoissé hypocondriaque en quête perpétuelle des mystères de la psyché féminine à travers l'expression de sa sexualité (ou l'inverse). Ce n'est qu'en de très rares occasions qu'il accepte une apparition à l'écran.

John Turturro, acteur fétiche des frères Coen et de Spike Lee un peu en perte de vitesse, ayant fait une très courte apparition chez Allen dans "Hannah et ses sœurs" (1986), lui a proposé ce duo improbable de commerçants (un bouquiniste et un fleuriste à mi-temps) qui se lancent dans la prostitution masculine pour arrondir leurs fins de mois. Fioravante (John Turturro) dit "Tortora" sera l'étalon, et Murray (Woody Allen) dit "Bango" sera le mac. Le tout se passant à New York dans le quartier juif de Brooklyn, il n'en fallait pas plus pour décider Allen d'endosser, peut-être pour une dernière fois, la pelisse de son personnage favori. Il le fait avec bonheur, retrouvant par miracle toutes les mimiques qui nous ravissaient au temps béni des "Annie Hall" (1977), "Manhattan" (1979) ou "Broadway Danny Rose" (1984). Tortora son poulain réalisant à sa place un fantasme souvent exprimé à longueur de films, mais jamais réalisé faute d'un physique adapté, le petit homme jubile par procuration, et nous avec de le voir ainsi se contorsionner pour convaincre Fioravante de poursuivre l'expérience. C'est là le grand mérite du film, le reste étant lourdement desservi par le jeu d'un Turturro bizarrement mutique et marmoréen donnant un aspect désincarné aux scènes de passe que l'on aurait rêvées plus inventives. Face à cet ectoplasme dont on comprend mal le succès, la pauvre Sharon Stone pourtant encore très "caliente" accuse le coup.

Pour donner un peu de corps à une intrigue assez mince et forcément répétitive, Turturro a eu l'idée d'une romance éclose au milieu de ce défilé de  bourgeoises en quête de virilité. Le problème est que l'on ne croit pas une seconde à Vanessa Paradis en veuve juive retrouvant goût à la vie sous les caresses de Tortora le fantôme. Ce rajout inutile plombe définitivement l'affaire. Il n'aurait pourtant pas manqué grand-chose pour donner un peu de vie à cette idée de départ sympathique. Peut-être Turturro, en s'écrivant pour lui-même ce rôle d'étalon, a-t-il été pris de vertige, ayant été jusqu'alors majoritairement  utilisé pour son physique atypique dans un registre plutôt comique ("The big Lebowski" en 1997). Cette révélation tardive d'un sex-appeal autoproclamé  a eu pour effet de déséquilibrer, jusqu'à le faire chavirer, un scénario qui n'en avait pas besoin. Mais si Turturro a passé un bon moment, c'est déjà ça.