Menu Fermer

"Démineurs"

Plongée dans la poudrière irakienne

Démineurs - affiche

titre original "The Hurt Locker"
année de production 2008
réalisation Kathryn Bigelow
scénario Mark Boal
photographie Barry Ackroyd
interprétation Jeremy Renner, Guy Pearce, Ralph Fiennes, David Morse
 
récompenses • Oscar du meilleur film
• Oscar du meilleur réalisateur
• Oscar du meilleur scénario original
• Oscar du meilleur montage
• Oscar du meilleur montage sonore
• Oscar du meilleur mixage sonore

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Avec "Démineurs", Kathryn Bigelow nous emmène sur le terrain de la guerre en Irak, pour un film choc sur le travail des démineurs à qui revient la mission de nettoyer les territoires civils infestés de charges explosives par les terroristes.

On est directement au cœur de l’action et pour bien planter le décor, Bigelow filme en direct la mort de l’un de ces kamikazes habillés en cosmonautes, chargés d’aller désamorcer les horribles engins. Guy Pearce fait donc une très courte apparition dans le film, invitant le spectateur à tout d’abord maudire la belle Kathryn de nous priver si vite du charismatique Australien. Mais c’était pour envoyer aussitôt le tout jeune Jeremy Renner, encore plus fêlé que son aîné. On suit le matador avec ses picadors dans leurs drôles de corridas, où le taureau est le plus souvent caché. On reste alors avec les soldats chargés de sécuriser la zone, à attendre que la dure besogne s’accomplisse en priant que pour fois encore, le miracle s’accomplisse.

Cette succession de scènes ménage un suspense souvent insoutenable, quelques fois envoûtant comme lors du combat entre snipers où l’attente se prolonge en plein soleil, les deux camps opposés étant distants de près d’un kilomètre. Kathryn Bigelow évite au spectateur les longues scènes de beuveries entre militaires le soir venu, considérant sans doute que cet élément de la vie de casernement est accessoire ou trop souvent exploité.

Drogué à l’adrénaline, le sergent James (Jeremy Renner), qui côtoie la mort tous les jours que Dieu fait, n’échappe cependant pas à une relation privilégiée avec un jeune Irakien vendeur à la sauvette de DVD, qui lui sert d’ultime point d’ancrage avec la vraie vie. Cette relation atteint son acmé lors d'une scène nocturne hypnotique où le sergent James, croyant avoir reconnu le jeune garçon dans le cadavre d’un enfant devenu bombe humaine, se lance désespérément à sa recherche en plein territoire ennemi au risque de sa propre vie. Cette existence en marge de la société modifie durablement la perception des sentiments, et le sergent James finit par n’être plus chez lui ailleurs que sur les champs de mines.

Enfin, Bigelow nous rappelle que le monde de la guerre est un monde d’initiés, dans lequel les novices n’ont pas intérêt à s’égarer, comme le médecin du camp qui paye de sa vie sa seule escapade sur le terrain.

Un grand film d’une réalisatrice dans la pleine maturité de son art, sans fioriture et loin de l’esprit clipesque de l’ampoulé "Point Break" de ses débuts. Chapeau bas.

La critique de Pierre

Pour un certain nombre de critiques cinéma des années 80, les cinéastes importants de cette époque seraient McTiernan, Cameron et l'ex-femme de ce dernier, Kathryn Bigelow. Perso, je ne suis absolument pas d'accord, mais bon, passons. Bigelow a une courte filmo : "Aux frontières de l'aube", "Point Break", "Strange Days", "Le Poids de l'eau" (avec Sean Penn, pas vu), et l'affreux "K-19" avec Harrison Ford. Ce serait Cameron qui l'aurait poussée à réaliser "Démineurs" pour que ce soit, selon lui, « le "Platoon" de la guerre en Irak ».

Le pitch : La vie d'une équipe de trois mecs chargés de désamorcer des bombes pendant la guerre en Irak, et notamment du nouveau leader de l'équipe, William James (Jeremy Renner, "28 semaines plus tard"), une tête brûlée qui aime l'adrénaline...

Sorti dans le réseau "arts & essai", "Démineurs" a attiré l'attention dès sa sortie, beaucoup de critiques ont salué la qualité de sa mise en scène. Puis, le film a été reconnu par l'académie des Oscars, qui l'a blindé de nominations. Justifiées ou pas ? Mouais... Du côté de la réalisation, pas de doute, Bigelow a fait du bon boulot : les scènes de déminages ont un suspens particulièrement bien construit. La tension est là. C'est le reste qui est moins bon : le scénario empile les épisodes de déminage, et quelques scènes guerrières, un peu comme une chronique, mais sans qu'on ait de réel fil directeur. "Platoon", pour reprendre la citation de Cameron, était autant une chronique de guerre qu'une histoire initiatique entre le héros et ses deux pères spirituels, Willem Dafoe et Tom Berenger. On ne retrouve pas d'équivalent ici.

Les acteurs sont bons (avec quelques apparitions de têtes que l'on connait), Jeremy Renner fait un peu penser à Sean Penn jeune. Mais franchement, aucun d'entre eux n'est transcendantal. Peut-être en attendais-je trop, mais au final je suis donc un petit peu déçu. Mon classement des films sortis en 2009 ne sera pas bouleversé par celui-là.

Affiche alternative © Gidi Vigo

Démineurs - affiche

Démineurs - affiche

Démineurs - générique