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"Un poisson nommé Wanda"

titre original "A Fish Called Wanda"
année de production 1988
réalisation Charles Crichton
scénario John Cleese
photographie Alan Hume
interprétation John Cleese, Jamie Lee Curtis, Kevin Kline, Michael Palin, Stephen Fry

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Sorti sur les écrans il y a maintenant près de trente ans, "Un poisson nommé Wanda" demeure l'une des comédies d'aventures les plus réussies avec "Certains l'aiment chaud" de Billy Wilder (1959). Charles Crichton, un vétéran du cinéma britannique, âgé de 76 ans et ayant à son actif un sketch de la perle du cinéma fantastique anglais "Au cœur de la nuit" (1945) et le truculent "Tortillard pour Titfield" (1953), sans oublier "De l'or en barre" avec Alec Guinness (1951) ou "Rapt" avec Dick Bogarde (1952), réalise le film avec l'aide, pour l'écriture du scénario, de John Cleese, le fondateur des Monty Python.

Le mélange des générations est détonnant. Cleese apporte la loufoquerie complètement débridée des Monty Python, et Crichton évite que le récit ne s'égare dans les chemins de traverse. On s'amuse donc beaucoup, mais l'intrigue parfaitement structurée joue aussi la carte du suspense grâce à cette délicieuse histoire de hold-up où tout le monde cherche à tromper tout le monde avec une veulerie jubilatoire sans conséquence fâcheuse. Exactement la prouesse qu'avait réussie, en son temps, le tandem formé par Billy Wilder et I.A.L Diamond.

Aux deux British pur jus que sont John Cleese et Michael Palin (un autre Monty Python), s'opposent Kevin Kline et Jamie Lee Curtis, deux Américains décomplexés bien décidés à ne pas s'embarrasser des prévenances locales. Les quatre acteurs, parfaitement dirigés, trouvent ici des rôles taillés sur mesure. Tous parfaitement équilibrés quant à leur importance narrative, ils sont autant de champs d'expérimentation pour le talent comique des quatre compères, qui se renvoient la balle à tour de rôle, que ce soit en duo ou en trio.

Kevin Kline, tout d'abord, à contre-emploi et récompensé d'un Oscar, joue Otto, trublion à tendance paranoïaque, allergique à l'humour anglais, s'enivrant des textes des grands philosophes (Nietzche en particulier) dont il ne comprend pas un traître-mot et qui ne craint que deux choses dans la vie : être traité de débile et que sa fiancée Wanda joue trop explicitement de ses charmes. Une Wanda interprétée par une Jamie Lee Curtis ravie de quitter ses oripeaux de "scream queen" pour cette partition, où elle joue parfaitement de son charme ravageur, mélange parfait de roublardise et de candeur mutine. Archie Leach (hommage au patronyme de Cary Grant), ensuite, est l'avocat joué par John Cleese, tout à la fois emprunté et subjugué par la beauté outrageusement sexy de Wanda Gershwitz, qui lui fait perdre ses bonnes manières et le place dans des situations adultères plus que délicates, qui sont sans doute les plus hilarantes du film. Ken (Michael Palin), enfin, le complice bègue, amoureux des bêtes, et des poissons en particulier, qui obéit servilement à son patron et sert de souffre-douleur à Otto.

Tout ce joli monde est au service d'un scénario au rythme alerte, où les gags s'enchaînent sans aucun temps mort grâce à une légèreté et à des dialogues vifs, remplis d'esprit, qui font malheureusement souvent défaut à nos productions nationales actuelles. L'échec était donc plus qu'improbable, et bien entendu, "Un poisson nommé Wanda" fut un triomphe critique et commercial, rapportant plus de vingt fois sa mise. Sans surprise, la suite, "Créatures féroces", sortie en 1997, ne parvint pas à retrouver la magie du premier opus malgré tout le casting initial réuni.

Dans les périodes moroses, revoir "Un poisson nommé Wanda" doit faire absolument partie du traitement pour retrouver la joie de vivre.