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"Trust Me"

titre original "Trust"
année de production 1990
réalisation Hal Hartley
scénario Hal Hartley
photographie Michael Spiller
interprétation Adrienne Shelly, Martin Donovan, Bill Sage
récompense Coup de cœur LTC au festival du cinéma américain de Deauville 1991
(ex æquo avec "My Own Private Idaho")

Critique extraite de 50 ans de cinéma américain de Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon

Un humour décapant, une écriture originale, à la fois distanciée et incisive, un dialogue sans cesse éclaté, un traitement minimaliste ou oblique des sentiments, des événements, des rapports entre les personnages font de "Trust Me", réussite infiniment personnelle et touchante, le chef-d'œuvre de Hal Hartley, qui malheureusement transformera toutes ces qualités en procédés quelque peu répétitifs dans ses films suivants (suivant en cela l'exemple de Jim Jarmusch).

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Il est toujours triste de revoir "Trust Me" en pensant que la toute jeune et fraîche Adrienne Shelly, qui illumine le film, s'est faite bêtement assassinée en 2006 par un artisan venu travailler dans un appartement voisin du sien, tout juste âgée de 40 ans. Dans son deuxième film avec Hal Hartley, l’héroïne a mûri, et son visage encore enfantin s'est marqué d'une certaine  gravité.

Deux paumés de la vie habitant dans le même quartier voient leurs destins se croiser. Lui, miné par la domination de son père avec qui il vit seul depuis la mort de sa mère, est un génie de l’électronique qui refuse de se laisser embrigader dans le système de consommation qui piège tout bon Américain moyen. Elle, enceinte de son ex-petit ami, est sans emploi. Comme toujours pour caractériser ses personnages et imager leur contexte, Hal Hartley a le bon goût de forcer le trait de manière poétique. Ainsi, pour imager la mauvaise fabrication des téléviseurs imposée par le système capitaliste qui veut que les produits soient rapidement rattrapés par l'obsolescence programmée, il place, face caméra, une queue de quidams avec leur téléviseur dans les bras devant le magasin du réparateur. Cette façon de démontrer par l’absurde est typique du jeune réalisateur, qui puise, peut-être sans le savoir, dans le style si particulier du cinéma du grand Jacques Tati.

Par le plus pur des hasards, Matthew (Martin Donovan) rencontrera Maria (Adrienne Shelly), qui vient de causer accidentellement la mort de son père après qu’elle lui ait annoncé sa grossesse. Accueilli par la force des choses dans la famille de Maria après avoir fui la demeure paternelle suite à une ultime dispute, il servira de lien entre les trois femmes (la mère et ses deux filles). Après bien des retournements, les deux jeunes finiront par unir leurs destins et fuir cette banlieue où ils n’arrivaient pas l’un et l’autre à grandir.

Film sur l’incommunicabilité entre les êtres, "Trust Me" est dans la droite ligne de "L’incroyable vérité", avec ce ton si particulier et ce jeu si détaché des acteurs qui font tout le charme de cette mixture envoûtante, que seul Hartley sait nous préparer. Hal Hartley est résolument un cinéaste du désenchantement, malgré tout habité d’un optimisme sur la capacité de l’homme à se sortir de tout par l’amour et l’amitié.

Ouvrage collectif consacré au réalisateur Hal Hartley
Sous la direction de Mathieu Germain
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