Menu Fermer

"Tendres passions"

titre original "Terms of endearment"
année de production 1983
réalisation James L. Brooks
scénario James L. Brooks, d'après le roman de Larry McMurtry
photographie Andrzej Bartkowiak
interprétation Shirley MacLaine, Jack Nicholson, Debra Winger
récompenses • Oscar du meilleur film
• Oscar du meilleur réalisateur
• Oscar du meilleur scénario adapté
• Oscar de la meilleure actrice pour Shirley MacLaine
• Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour Jack Nicholson

La critique de Didier Koch

Devenu producteur au début des années 80 après avoir commencé à la télévision, James L. Brooks met en scène son premier film en 1983 en adaptant "Tendres passions", le roman de Larry McMurtry qui traite des rapports à la fois fusionnels et conflictuels entre une mère et sa fille élevée seule. C'est James L. Brooks lui-même qui se charge de l'écriture du scénario de ce qui sera une comédie romantique virant brutalement au mélo dans sa dernière partie, rappelant au public américain "Love story" d'Arthur Hiller, devant lequel il avait adoré pleurer treize ans plus tôt. C'est sans aucun doute cette parenté ajoutée à ses indéniables qualités qui rapporteront au film 5 Oscars majeurs (film, réalisateur, actrice, acteur dans un second rôle et scénario) et 5 nominations.

Dans ses mémoires ("Stars de ma vie") parues en 1995, Shirley MacLaine revient assez longuement sur le tournage du film qui lui rapporta son unique statuette et explique comment James L. Brooks, complètement investi dans son projet, profita des sautes d'humeur et des crises de confiance de la toute jeune Debra Winger toute auréolée du succès d'"Officier et gentleman" (Taylor Hackford, 1982) pour créer la tension quasi insoutenable entre les deux actrices qu'il jugeait nécessaire pour crédibiliser leur relation à l'écran. MacLaine, peu habituée à de telles méthodes, et qui faillit quitter le tournage, reconnaît a posteriori que l'épreuve a été, certes douloureuse, mais aussi probante.

Il est vrai que le film, qui propose une chronique familiale sans grands rebondissements narratifs, parie essentiellement sur l'osmose entre ses acteurs. De ce point de vue, le coup est parfaitement joué, Shirley MacLaine et Debra Winger parvenant à rendre simplement cette relation complice entre une mère et sa fille aux tempéraments opposés qui survit à tous les aléas et mieux, aide chacune à franchir les étapes douloureuses de sa vie. S'ajoute à ce duo magistral un Jack Nicholson gentiment cabot, succulent en astronaute charmeur au grand cœur ayant bien du mal à revenir sur Terre (Oscar du meilleur second rôle).

La conclusion dramatique du roman de Larry McMurtry qui pourrait être facilement taxée d'opportuniste est traitée avec beaucoup de pudeur par James L Brooks, qui entend ne pas en faire l'attraction principale du film, préférant inscrire cette rude épreuve dans la continuité de la relation entre les deux femmes et s'en servir comme révélateur de l'amour parfois chaotique mais bien réel d'Aurora (Shirley MacLaine) pour sa fille. Mine de rien, en déroulant sa petite musique, James L. Brooks nous parle du temps qui passe mais aussi de celui perdu à se refuser à ses sentiments que la mort brutale d'une jeune adulte rappelle à une Aurora qui, au final, aura beaucoup appris de la soif de vivre d'Emma (Debra Winger).

Bizarrement, après cette pluie de récompenses qui le plaça immédiatement dans le cercle fermé des réalisateurs qui comptent, James L. Brooks sera très parcimonieux de son talent, ne réalisant que cinq films en 27 ans pour offrir à Jack Nicholson son deuxième Oscar dans un premier rôle en 1997 dans "Pour le pire et pour le meilleur" (le premier lui fut attribué en 1976 pour "Vol au dessus d'un nid de coucou" de Milos Forman).

Il ne faut donc pas se laisser influencer par ceux qui reprocheraient à "Tendres passions" de jouer honteusement sur la corde sensible et plutôt se laisser bercer par la partition douce amère proposée par trois acteurs au meilleur de leur forme qui confirme le savoir-faire d'Hollywood dans le domaine de la comédie romantique que les réalisateurs français n'approchent que très rarement à cause d'une propension trop courante à vouloir faire prendre au spectateur des vessies pour des lanternes.