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"Sale temps à l'hôtel El Royale"

titre original "Bad times at the El Royale"
année de production 2018
réalisation Drew Goddard
scénario Drew Goddard
photographie Seamus McGarvey
musique Michael Giacchino
interprétation Jeff Bridges, Cynthia Erivo, Dakota Johnson, Jon Hamm, Chris Hemsworth, Lewis Pullman, Xavier Dolan

La critique de Didier Koch

Avec "Sale temps à l'hôtel El Royale", Drew Goddard, scénariste de séries télévisées reconnu, réalise son deuxième long métrage. Comme pour "La cabane dans les bois", c'est un huis clos qui nous est proposé par Goddard, qui n'aime rien tant que disséquer le comportement des membres d'une communauté, ici improvisée, face à des évènements extraordinaires.

À la frontière entre le Nevada et la Californie, sur les rives du lac Tahoe, se trouve un hôtel ayant connu son heure de gloire quand une partie de la jet set politique et hollywoodienne venait dans cet endroit luxueux et retiré pour s'encanailler. Nous sommes en 1969, juste après l'élection du président Richard Nixon, pendant que le conflit vietnamien s'enlise et que l'hôtel a perdu sa clientèle pour ne rester qu'une somptueuse carcasse vide, dernier témoin de son prestige passé. Alors que l'endroit semble endormi comme le seul gardien (Lewis Pullman) chargé de son entretien, arrivent quatre clients, dont Drew Goddard nous fait vite comprendre qu'ils ne sont pas obligatoirement ceux qu'ils indiquent sur le registre de l'hôtel.

La suite s'inspire des romans à tiroirs d'Agatha Christie revus et corrigés à la sauce yankee, assaisonnée de tous les clichés véhiculés par Hollywood depuis la grande époque des studios. Si l'on est tout d'abord intrigué par la construction très originale et rigoureuse de l'intrigue, et par les portraits très référentiels des personnages, dont Jeff Bridges en prêtre bidon, clin d'œil au Robert Mitchum de "La nuit du chasseur" (Charles Laughton, 1955), on perçoit très vite que Goddard, comme c'était déjà le cas pour "La cabane dans les bois", se laisse griser par sa trouvaille, dont il n'arrive pas à s'extraire pour dynamiser une intrigue qui finit par s'éventer à force d'être étirée en longueur à coup de digressions, le plus souvent sous forme de flashbacks patauds.

On comprend aussi assez vite qu'à travers des personnages archétypes d'une Amérique de la fin des années 60 peu reluisante, Goddard tend un pont avec celle de Donald Trump. Soit, mais là encore, la démonstration un peu lourde se termine dans le kitsch le plus absolu avec l'apparition d'un Chris Hemsworth, ange exterminateur plutôt ridicule, à mi-chemin entre Jim Morrison et Charles Manson, chargé de nous rappeler le danger d'être sous l'influence d'un gourou aussi séduisant soit-il.

Si le film déçoit notamment par sa longueur (140 minutes), on peut y déceler certaines qualités formelles intéressantes, qui font penser qu'en changeant légèrement l'approche de sa mise en scène qui confine à l'exercice de style un peu vain, Drew Goddard pourrait sans doute réaliser des films qui immergent davantage le spectateur plutôt que de le laisser à distance via un formalisme trop appuyé.