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"Reviens Jimmy Dean, reviens"

titre original "Come back to the 5 & Dime, Jimmy Dean, Jimmy Dean"
année de production 1982
réalisation Robert Altman
scénario Ed Graczyk, d'après sa propre pièce de 1976
interprétation Sandy Dennis, Cher, Karen Black, Kathy Bates

La critique de Didier Koch

Au début des années 80, Robert Altman a un peu perdu la main après divers échecs commerciaux successifs dont "Popeye", le dernier en date, et l'arrivée aux commandes des Spielberg, Coppola et Scorsese. Il s'est alors tourné vers le théâtre pour la mise en scène à Broadway de la pièce d'Ed Graczyk (1976) , "Reviens Jimmy Dean, reviens", qu'il décide de transposer à l'écran malgré son accueil critique mitigé. Sachant qu'il ne peut rivaliser avec les productions de prestige de ses jeunes rivaux, Altman répètera l'exercice tout au long de la décennie ("Streamers", "Secret honor", "Fool for love" et "Beyond therapy"), dans l'attente de jours meilleurs qui viendront avec le succès inattendu de "The Player" en 1992.

Le lieu unique de l'action est un bar où se réunit tous les ans un petit groupe de femmes, fans de James Dean, venu vingt ans plus tôt tourner dans la région son dernier film, "Géant", juste avant de disparaître tragiquement à 24 ans. Les six camarades d'enfance vont évoquer leurs souvenirs de jeunesse, et surtout les désillusions qui ont suivi cette période ressentie comme dorée, après le  passage des ans qui estompe tout.

"Reviens, Jimmy Dean, reviens" porte en vérité dans son titre une langoureuse nostalgie à propos de ces années envolées où tout semblait possible, y compris croire et faire croire qu'on avait eu une idylle avec la star disparue. Une rumeur qui s'est colportée dans toute la région sans qu'on ne fasse rien pour la démentir, bien au contraire. Qui sait, même, si l'acteur disparu en pleine jeunesse n'aurait pas un descendant ? On comprend dès lors le culte jamais démenti voué à James Dean par Mona (Sandy Dennis), qui s'est trouvée piégée dans la toile d'araignée qu'elle a elle-même tissée.

Altman n'a pas son pareil pour diriger les femmes, il l'avait magistralement démontré en 1977 avec "Trois femmes", un de ses meilleurs films, et il récidive ici avec des actrices toutes bouleversantes, exposant tour à tour leurs blessures intimes face à une caméra qui, sans jamais les agresser, s'évertue à faire revivre à chacune ses espoirs de jeunesse fracassés par les aléas souvent douloureux de vies démarrées sur des rêves inaccessibles générateurs d'autant de frustrations. De Cher à Kathy Bates, elles sont toutes émouvantes, on l'a dit plus haut, mais c'est incontestablement Sandy Dennis, trop tôt disparue, qui nous chavire le plus, tant elle imprime une détresse sans fond à Mona, la midinette qui n'est jamais sortie du rêve qu'elle s'est bâti un soir d'été 1955 pendant le tournage qui avait bouleversé  les habitudes de McCarthy, petite ville du fin fond du Texas. Altman avait déjà dirigé cette merveilleuse actrice pour son premier film de cinéma, "That cold day in the park" (1969), où elle avait  exposé à l'écran sa fragilité intérieure en jeune femme frustrée, tragiquement  trompée dans sa quête d'amour.

Le film d'Altman n'est pas simple d'accès et il se mérite, demandant des efforts pour entrer dans cette confession sans fard d'un groupe de femmes qui se retourne sur leurs demi-vies. Ceux qui parviendront à surmonter une entame un peu déroutante seront largement récompensés par Sandy Dennis, Cher, Karen Black et Kathy Bates, un quatuor magique qui se livre sans réserve à ce formidable directeur d'acteurs qu'était le grand Altman