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"Rambo: Last Blood"

Rambo V

titre original "Rambo: Last Blood"
année de production 2019
réalisation Adrian Grunberg
scénario Sylvester Stallone
interprétation Sylvester Stallone, Paz Vega, Adriana Barraza
épisodes précédents
• "Rambo", 1982
• "Rambo II : la mission", 1985
• "Rambo III", 1988
• "John Rambo", 2008

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Près de 40 ans après "Rambo" ("First Blood") de Ted Kotcheff, Sylvester Stallone s'embarque pour un cinquième opus de la saga censé, comme l'exprime clairement son titre, voir l'ancien GI inadapté au monde civilisé depuis son retour du Vietnam, verser enfin le dernier sang. Le projet est dans les tuyaux depuis 2009 et le succès de "John Rambo". Sylvester Stallone, n'ayant sans doute plus l'âge d'assumer simultanément la réalisation et le rôle principal, a fini par laisser la place à Adrian Grunberg, qui avait déjà signé, en 2012, un film d'action ultra vitaminé et sanglant ("Kill the Gringo"), qui avait permis à Mel Gibson de démontrer qu'il en avait encore sous la semelle après une décennie chaotique. L'exercice étant presque similaire, le réalisateur plutôt spécialisé dans la direction de secondes équipes est en territoire connu, tout comme Stallone et les fidèles spectateurs. Tout s'annonce donc pour le mieux.

John Rambo est rangé des voitures depuis une dizaine d'années, ayant trouvé refuge au Texas dans l'ancien ranch de son père où il vit avec Maria (Adriana Barraza), une vieille amie qui élève seule sa fille (Paz Vega) depuis que son mari les a abandonnées pour retourner vivre au Mexique. John Rambo, qui a élevé la jeune fille, passe son temps avec ses chevaux et le soir venu, descend tranquillement dormir dans sa chambre située dans le réseau sous-terrain qu'il a creusé sous la plaine qui entoure le ranch. Il vaut mieux être prudent et parer à toute attaque, on ne se refait pas ! On comprend vite que cette galerie aura son utilité. La jeune fille promise à de brillantes études a la fâcheuse idée d'aller voir son père à la frontière mexicaine. Les ennuis commencent.

Les fans ont beau être immédiatement renseignés sur la suite des opérations, trouver Stallone de plus en plus marmoréen et sans aucun doute un peu fatigué pour le rôle, ils éprouvent toujours le même plaisir à le suivre, poignard et mitraillette à la main, avec ses éternels grognements et le roulements de pupilles bovins comme seul moyen d'expression. Stallone est un guerrier du cinéma, et c'est les armes à la main qu'il renoncera à interpréter les deux rôles majeurs de sa carrière (est-ce la peine de citer le second ?). Il a annoncé que ce cinquième Rambo serait le dernier. Mais après la sévère pâtée qu'il a mis au cartel mexicain qui a eu la malencontreuse idée d'enlever sa protégée, on se dit que le GI fatigué et hanté par ses rêves a peut-être encore un bout de chemin à faire sur la pellicule.

À propos de cette indulgence immodérée pour des films plutôt insignifiants, certains plus sévères diront "décérébrés", il faut s'interroger sur la sympathie que dégagent certains acteurs comme Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger ou Nicolas Cage, dont le jeu n'est pas marqué par la quantité de nuances qu'ils apportent à leurs personnages, et dont les films de leur dernière partie de carrière peuvent être considérés comme une simple copie et même une caricature de leurs succès d'antan. Par quel mystère certains spectateurs n'arrivent pas à les abandonner alors que leur déclin est visiblement amorcé ?

Peut-être par nostalgie d'une jeunesse désormais à revivre sur albums photos ? Mais peut-être aussi par cette volonté de continuer vaille que vaille, avec une conviction touchante, qui selon ceux qui les approchent sur les plateaux, témoigne d'un professionnalisme jamais pris en défaut. Phénomène assez difficile à expliquer, qui crée avec le temps une sorte de pacte indicible et presque impossible à rompre, chaque aficionado ayant l'impression que s'il fait défaut, l'acteur sombrera dans un oubli qui lui sera fatal. La réalité est sans doute plus prosaïque et mercantile vu de l'autre côté de la barrière, mais le cinéma est un art à vocations multiples, dont celle, incomparable, de permettre au spectateur de s'inventer un parcours commun avec les héros de sa jeunesse.