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"Outsiders"

titre original "The Outsiders"
année de production 1983
réalisation Francis Ford Coppola
scénario d'après le roman de S.E. Hinton
photographie Stephen H. Burum
musique Carmine Coppola
interprétation C. Thomas Howell, Matt Dillon, Tom Cruise, Patrick Swayze, Rob Lowe,
Diane Lane, Emilio Estevez, Tom Waits

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Hommage à "La fureur de vivre" de Ray. On attendait mieux de Coppola que ce pastiche. Du moins l'image est-elle toujours aussi somptueuse et le romantisme, fidèle au rendez-vous.

La critique de Didier Koch

En 1983, Coppola est encore au sommet de sa gloire, même s’il vient de subir un sérieux revers avec l’exercice de style rutilant que constitua "Coup de cœur", film dont il a une fois de plus explosé le budget. C’est vers un diptyque que son imagination féconde le guide juste après cet échec. Coppola emboîte le pas à Nicholas Ray ("La fureur de vivre" en 1955) et Robert Wise ("West side story" en 1961), qui avaient réussi, aux abords des sixties, à populariser le film de bandes. Depuis, le genre n’avait pas vraiment décollé, et les adolescents se trouvaient plutôt cantonnés à des comédies débilitantes sur la vie dans les campus ou, plus tardivement, avec l’avènement du slasher, réduits en chair à pâté pour rednecks furieux, perdus au fin fond des forêts de Virginie ou de Pennsylvanie.

A partir d’une trame classique d’affrontement de deux bandes constituées à partir des différentes classes sociales coexistant au sein de la cité, Coppola explore cette période mystérieuse de l’adolescence où toutes les contradictions sont possibles. A travers une violence clairement exprimée et revendiquée, les Greasers et les Socks font l’expérience des rapports, certes un peu plus policés, mais tout aussi rudes qui régiront leur vie d’adulte. Personne ne s’y trompe, chacun sachant quelle sera sa future place au sein du fameux American way of life en perte de vitesse. Coppola le montre clairement lors d’une scène, vers la fin du film, où le chef des Socks (le clan des fils de bourgeois) disserte sur le sujet avec le jeune Ponyboy juste avant l’organisation d’une baston générale. Toute cette violence est d’ailleurs très peu réprimée par les adultes, comme s’il valait mieux que ces « petites révolutions » s’expriment dans la prime jeunesse plutôt qu’au moment où la classe dominée devra fournir son plein rendement pour faire tourner la machine et ainsi faire accepter à ses membres les tâches les plus ingrates. C’est ce court instant, simulacre d’égalité sociale, que veut saisir Coppola, lui qui, dans sa jeunesse, était placé du bon côté de la barrière.

C’est sans doute dans cet esprit qu’il a choisi de placer au cœur du récit une fratrie de trois frères orphelins, exposant ainsi les trois phases de l’adolescence, où le plus âgé (Patrick Swayze) a la charge matérielle et éducative de ses deux frères. Le déterminisme social est donc exposé sans fard dans ce qu’il peut avoir de plus pénalisant. Ce genre de problème est loin des préoccupations des Socks qui sauront toujours se frayer un chemin vers l’aisance matérielle. Coppola enrobe le tout de bons sentiments qui rappellent ceux des westerns picaresques de Georges Stevens ou de John Ford. Ce n’est sans doute pas un hasard si, lors de leur fuite, Johnny Cade (Ralph Macchio) demande à Ponyboy (C. Thomas Howell), plus instruit, de lui lire des extraits "D’autant en emporte le vent". Les rêves sont désormais le seul endroit où le jeune homme, devenu criminel, peut s’inventer un avenir prometteur. Cette référence au roman de Margaret Mitchell et au film de Victor Fleming est reprise dans les couchers de soleil magnifiques qui ponctuent les différents actes du récit. Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler le premier baiser entre Rett Butler et Scarlett O’Hara face à un coucher de soleil rougeoyant.

Au-delà du message social lancé par Coppola, c’est sans doute la beauté visuelle d’"Outsiders" qui éblouira le spectateur, démontrant la maestria du réalisateur, capable de retenir instantanément les leçons de ses échecs ("Coup de cœur"). Le film, un peu tombé dans l’oubli comparé à "Rusty James" tourné dans la foulée, aura permis aux Tom Cruise, Matt Dillon, Rob Lowe, Patrick Swayze, Diane Lane ou Emilio Estevez de marquer leurs filmographies naissantes de l’empreinte d’un des maîtres du Nouvel Hollywood. Bel acte de naissance que la plupart sauront mettre à profit.

Rien de mieux, pour apprécier l'esthétique flamboyante de ce formidable film, que le Blu-ray édité par Pathé, qui fourmille d'excellents bonus (www.boutique-pathe.com/nouveautes/blu-ray/the-outsiders-blu-ray.html).