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"Orgueil et préjugés"

titre original "Pride & Prejudice"
année de production 2005
réalisation Joe Wright
scénario d'après le roman de Jane Austen
photographie Roman Osin
musique Dario Marianelli
interprétation Keira Knightley, Rosamund Pike, Carey Mulligan, Donald Sutherland, Brenda Blethyn, Kelly Reilly, Matthew Macfadyen, Tom Hollander, Judi Dench

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Très fine analyste des mœurs de la gentry anglaise de la fin du XVIIIe siècle, Jane Austen est une source intarissable d'inspiration pour les réalisateurs britanniques épris de films en costumes. Les adaptations télévisuelles ou cinématographiques de ses trois principaux romans ("Emma", "Orgueil et préjugés", "Raison et sentiments") sont donc récurrentes outre-Manche. Le jeune metteur en scène Joe Wright s'inscrit résolument dans cette tradition nationale.

Un couple de roturiers relativement désargentés cherche à marier ses cinq filles. La mère, interprétée par une Brenda Blethyn impayable, ne recule devant aucune bassesse pour placer ses deux aînées auprès des jeunes gens de noblesse qui arpentent les bals mondains du Hampshire. Ce sont les atermoiements d'Elizabeth (Keira Knightley), la plus rebelle d'entre elles, qui sont au centre de l'intrigue. Refoulée tout d'abord, puis ardemment désirée par Mr. Darcy (Matthew MacFayden), un riche propriétaire terrien, Elizabeth, selon un schéma maintes fois éprouvé, se cabrera deux heures durant pour finir par succomber. On s'en doutait un peu.

En miroir, le destin des autres sœurs paraît bien terne. Soit pas assez belles (Jena Malone), elles font des choix de raison, soit trop gourgandines (Talulah Riley), elles sont la proie de coureurs de dot sans scrupule, ou encore trop timides (Rosamund Pike), elles doivent s'en remettre à l'intervention de Mr. Darcy via Elizabeth.

L'ensemble est certes joliment mis en image par un Joe Wright visiblement emballé par la beauté gracile de Keira Knightley qu'il retrouvera dans deux autres films, mais pas franchement innovant, ni très enfiévré. Du coup, à moins d'être un amateur inconditionnel des scènes de bal où tout le monde est en observation de tout le monde pour guetter la moindre poussée de floraison amoureuse, on peut regarder ce film avec un ennui poli, de temps à autre atténué par les apparitions toujours efficaces de Donald Sutherland ou de Judi Dench.

On regrettera aussi vivement que la sublime Carey Mulligan soit la seule des sœurs complètement négligée par la caméra de Joe Wright visiblement rendu aveugle par l'intérêt porté à son héroïne. Une faute de goût assurément. Heureusement, d'autres comme Shana Feste ("Pour l'amour de Bennett" en 2009), Lone Scherfig ("Une éducation" en 2009) ou Nicolas Winding Refn ("Drive" en 2011) sauront apprécier la beauté et le talent de la jeune Londonienne.

Un film sans doute très honorable, mais manquant tout de même un peu de caractère.