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"Œil pour œil" ("I spit on your grave")

titre original "I spit on your grave" aka "Day of the woman"
année de production 1978
réalisation Meir Zarchi
scénario Meir Zarchi
interprétation Camille Keaton
récompense Prix de la meilleure actrice pour Camille Keaton au festival de Sitges 1978
remake "I spit on your grave", Steven R. Monroe, 2010, États-Unis

"Day of the woman" : Rape, Revenge et féminisme (l'analyse de Régis Dubois) : cliquer ici.

La chronique de Gilles Penso : cliquer ici.

La critique de Didier Koch

Film que l’on peut qualifier d’underground, qui provoqua un scandale en son temps aux États-Unis et qui, de ce fait, ne franchit que très tardivement les frontières. Il s’agit pourtant d’un excellent film, qui mérite d’être vu ou revu quelques trente années après sa sortie pour nous rappeler que, déjà en 1978, Meir Zarchi savait filmer caméra au poing sans fioriture et de manière très réaliste.

Outre le thème de la vengeance très bien traité, le film nous explique par le menu comment de pauvres ploucs peuvent devenir, par phénomène d’autostimulation, des violeurs en puissance. L’enchaînement de la violence prend ici ses racines dans l’incompréhension entre les gens des villes et ceux de la campagne. La scène entre le meneur et la victime dans la seconde partie du film nous montre comment des gestes anodins peuvent être interprétés comme des invitations au viol. La victime, sans doute une féministe convaincue, qui passe ses vacances seule et se baigne nue dans un lac, oublie trop vite le décalage de transport des idées entre New York et la campagne profonde du Connecticut. Elle en paiera le prix fort.

Le rôle de la victime est interprété par la toute fragile Camille Keaton, nièce du célèbre Buster du même nom - ce qui lui apporte tout de suite une certaine crédibilité. Elle se transforme de façon incroyable entre les deux parties du film, passant de la jeune fille un peu guindée et hautaine à la vengeresse hiératique et évaporée qui sera sans pitié pour ses bourreaux. Elle ira même jusqu’à tuer en premier l’attardé mental qui lui a sauvé la vie tout en la violant forcé par ses camarades de mauvais génie.

Film très prenant et soulevant de vraies questions, prouvant que, déjà à l'époque, quelques bonshommes se posaient des questions sur le rapport plutôt frustre de certains de leurs congénères avec la sexualité. Le commentaire du critique de cinéma en bonus du DVD nous renseigne bien sur l’accueil du film à l’époque et sur la querelle déclenchée par les féministes, qui reprochèrent à Zarchi de faire l’apologie du viol. La vision du film et les explications du critique démontrent bien sûr tout le contraire.

La critique de Pierre

Merveille du cinéma d'exploitation, qui nous offre en 1978 "Œil pour œil", réalisé par un illustre inconnu qu'on n'a jamais revu depuis, Meir Zarchi, et interprété par une illustre inconnue qu'on n'a jamais revue depuis, Camille Keaton ("Decameroticus") - aucun lien avec Diane, mais avec Buster, son grand-oncle tout de même.

Le titre de gloire du truc est d'avoir été interdit un certain temps dans plusieurs pays et d'avoir fait scandale. Aujourd'hui, tout ça semble assez dépassé et on peut mater le truc tranquillement.

Fortement influencé par "Délivrance", "Œil pour œil" est l'archétype fauché du sous-genre dénommé rape-revenge movie.

L'histoire est carrément simple : une citadine intello en vacances à la campagne se fait violer et violenter gravement par quatre gros bouseux. Plutôt que d'appeler les flics, elle va à l'église et demande à Dieu de la pardonner... parce qu'elle a bien l'intention de leur faire bouffer leurs couilles, à cette bande d'enfoirés.

Le style est hyper sec, sans musique ni fioriture (normal, vu le manque d'argent) et, cinéma d'exploitation oblige, hyper complaisant. Le viol est affreux et dure trois plombes, bourrés d'effets vraiment abominables. C'est une option. La revanche de la meuf est pas à piquer des hannetons non plus.

Au final, le film s'inscrit clairement dans la thématique de l'émancipation des femmes et n'est donc pas vide de sens. Ça parle bien de quelque chose, tout ça, le réalisateur insistant bien sur son sujet avec quelques images-métaphores un peu lourdingues, mais qui ont au moins le mérite d'être claires.

Mais, dans le même sous-genre, le film n'a pas la saveur poétique de "Thriller - acruel picture". Ça reste tout de même intéressant à voir.