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"New York, 2 heures du matin"

titre original "Fear City"
année de production 1984
réalisation Abel Ferrara
scénario Nicholas St. John
photographie James Lemmo
interprétation Tom Berenger, Billy Dee Williams, Jack Scalia, Melanie Griffith, Maria Conchita Alonso

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Pour son troisième film, "New York, deux heures du matin", Abel Ferrara, qui cherche encore son mode de narration et son style visuel, explore le film de serial killer sur fond de transactions mafieuses et de quête de rédemption de la part de son personnage principal interprété par Tom Berenger, alors à l'orée de sa brève période de gloire.

Matt Rossi (Tom Berenger, donc) est un ancien boxeur professionnel prometteur qui ne s'est jamais remis d'avoir tué sur le ring l'un de ses adversaires. Il s'est associé à Nick Parzeno (Jack Scalia) pour monter une agence de danseuses qui alimente les clubs de striptease de Times Square. Les affaires semblent mener une allure  routinière quand un psychopathe pratiquant les arts martiaux agresse les danseuses de l'agence à la sortie de leur travail. L'évènement trouble fortement Matt, qui soupçonne un rival de vouloir l'éliminer du business local. La peur et la paranoïa s'emparent alors de Times Square.

Secondé au scénario par Nicholas St. John qui l'accompagne depuis ses débuts (dix films en commun), Abel Ferrara s'inspire très vaguement de la trame de "M le maudit" (1931) de Fritz Lang, qu'il mâtine de références multiples plus contemporaines comme "Rambo", pour les réminiscences de combat qui assaillent Matt, ou "Mean Streets", pour la description nostalgique des relations de Matt avec les parrains italo-américains de Times Square.

Si l'ambiance des bars à striptease est plutôt convaincante, l'intrigue n'arrive pas vraiment à captiver, sans doute à cause du jeu plutôt frustre de Tom Berenger, que Ferrara s'évertue à filmer sous certains angles afin de marquer sa ressemblance avec Marlon Brando. D'où l'abus de positions extatiques un peu vaines destinées à rappeler le profil tout à la fois hautain et pénétrant du génial acteur de "Sur les quais" (Elia Kazan, 1954). Mais on le saura très vite, Berenger n'est pas Brando.

En revanche, la toute jeune Mélanie Griffith, dans le rôle de l'ex-petite amie de Matt, inaugure ce mélange troublant de sensualité et de candeur qu'elle confirmera sous la direction de Brian De Palma dans le formidable "Body Double".

Abel Ferrara, qui marque un léger recul par rapport au plus incisif et personnel "L'ange de la vengeance" tourné trois ans plus tôt, tâtonne donc avant d'assumer la veine radicale qui sera la sienne à partir des très troublants "The King of New York" et "Bad Lieutenant" qui en feront un réalisateur à part.