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"Meurtre en suspens"

titre original "Nick of time"
année de production 1995
réalisation John Badham
interprétation Johnny Depp, Christopher Walken

La critique de Sébastien Miguel

"Meurtre en suspens" rappelle les grandes heures de la série B des années 50. Le film n’est d’ailleurs pas sans connexion avec le classique de Maté "D.O.A" (1950).

Unité de temps (l’intrigue se déroule sur 90 minutes, la durée exacte du film). Qualité de l’interprétation : Depp, en père de famille, est excellent. Double du spectateur, il subit, se rebiffe et intervient, entre la mort et la morale. Christopher Walken, en génie démoniaque et démiurgique, est juste idéal ; on ne voit personne d’autre dans un tel rôle.

Badham refuse le maquillage et colle sa caméra au plus près de son héros. Le cauchemar devient réel, et le film vise l’authenticité et l’efficacité.

Une réussite.

La critique de Didier Koch

Avec "Meurtre en suspens" réalisé par John Badham, Johnny Depp sort pour la première fois des rôles de post-adolescents lunaires qu'il a développés sous la férule de Tim Burton depuis "Edward aux mains d'argent" et repris avec Emir Kusturica ("Arizona dream"), Lasse Hallström ("Gilbert Grape") ou Jeremiah S. Chechick ("Benny and Joon").

John Badham, réalisateur hétéroclite et sans fioritures, et l'inquiétant Christopher Walken doivent normalement l'aider à franchir un cap. Malheureusement, un scénario jugé trop invraisemblable a plombé la carrière du film, qui recueillit une flopée de critiques malveillantes, enjoignant Johnny Depp à retourner à ses emplois habituels (ce qu'il fera en partie jusqu'à un âge un peu trop avancé).

On ne peut contester que la pilule soit grosse à avaler pour adhérer à l'histoire de ce complot politique qui nous emmène bien loin d'une réussite comme "À cause d'un assassinat" d'Alan J. Pakula. Mais l'ambition de Badham est ailleurs, qui privilégie l'efficacité à la vraisemblance ou l'introspection pour faire fonctionner son suspense grâce au choix cornélien qui est imposé au jeune comptable joué par Johnny Depp. Et l'on doit reconnaître que le réalisateur anglais est bougrement doué pour surmonter les faiblesses évidentes du scénario afin de nous clouer sur notre fauteuil.

Il faut dire qu'il ne lésine pas sur les moyens, utilisant une caméra à l'épaule trépidante qui sera bientôt d'un usage fréquent dans les films d'action, et tirant tout le profit de l'inquiétante présence de Christopher Walken, habitué depuis ses prestations chez Abel Ferrara ("The king of New York") et Tony Scott ("True romance") à diffuser un charme vénéneux au service d'une violence froide et sans retenue. De son côté, Johnny Depp, flanqué de ses petites lunettes de comptable, rate plutôt son coup de proposer au spectateur une autre facette de son jeu à cause d'un rôle offrant peu d'aspérités.

On peut malgré tout constater que malgré toutes ces réserves, "Meurtre en suspens", affichant clairement ses limites, remplit parfaitement son office.