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"Magic in the moonlight"

titre original "Magic in the moonlight"
année de production 2014
réalisation Woody Allen
scénario Woody Allen
photographie Darius Khondji
interprétation Colin Firth, Emma Stone, Marcia Gay Harden, Antonia Clarke, Catherine McCormack, Ute Lemper

La critique de Didier Koch

À 80 ans, Woody Allen continue de sortir son film annuel dont il écrit comme toujours lui-même le scénario. "Magic in the moonlight" navigue sur des territoires déjà largement explorés par le cinéaste comme les années 20, l'univers de la magie ou les supercheries amoureuses. L'intrigue concoctée par Allen prend sa source chez Harry Houdini, le plus célèbre magicien américain, spécialiste des évasions qui avait mené une campagne acharnée pour dénoncer les faux médiums qui proliféraient à l'époque de l'éveil du spiritisme, en parcourant le pays pour démasquer les tours employés afin de mystifier les populations crédules.

Stanley Crawford (Colin Firth) dit "Wei Ling Soo" est un illustre magicien britannique arrogant et cartésien qui a entrepris la même croisade qu'Houdini. Quand un de ses confrères lui indique qu'une jeune Américaine particulièrement douée sévit sur la Côte d'Azur française, étant sur le point d'épouser un riche héritier dont elle a envoûté la mère, le sang de Crawford ne fait qu'un tour, et il abandonne sa fiancée à la veille d'un voyage pour aller jouer les redresseurs de tort. A partir de ce canevas, Allen s'engouffre, et nous avec, dans les délices d'une joute teintée de séduction qui va opposer le sceptique à la très jeune et belle Sophie Baker (Emma Stone).

Le déroulement de l'affaire en trois actes paraît cousu de fil blanc, mais le savoir faire d'Allen enlève la partie, même si l'on peut se prendre à rêver à ce qu'aurait pu donner un Michael Caine plus jeune dans le rôle de Crawford. Non pas que Colin Firth ne soit pas crédible malgré sa différence d'âge assez marquée avec sa partenaire, mais son interprétation dénuée de folie de donne pas toute l'ampleur tragi-comique qui conviendrait aux déconvenues où l'amène sa suffisance. Emma Stone, qui pourrait bien devenir la nouvelle muse d'Allen, est quant à elle parfaite, donnant le juste mélange de naïveté mutine et de rouerie que son rôle exige.

Pour le reste, pas de réelle surprise, la musique rythme parfaitement l'ambiance des années folles et la photographie de Darius Khondji, nouvel opérateur d'Allen, magnifie, comme elles le méritent, les superbes villas de la riviera. Les esthètes pourront même remarquer que les deux hommes s'autorisent vers la fin du film un hommage discret aux drames romantiques de Frank Borzage dans une scène de balançoire.

On ne peut sans doute plus attendre de chefs-d'œuvre de la part du réalisateur new-yorkais, qui a sans doute épuisé sa meilleure veine quand il exposait ses tourments métaphysiques sur l'écran, mais il conserve encore de jolis restes.