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"Les femmes de Stepford"

titre original "The Stepford wives"
année de production 1975
réalisation Bryan Forbes
scénario d'après le roman d'Ira Levin
musique Michael Small
 
remake "Et l'homme créa la femme", Frank Oz, 2004

La critique de Citizen Poulpe : cliquer ici.

La critique de Didier Koch

En 1973, le féminisme bat son plein dans les grandes villes américaines, et bientôt les mâles dominants issus de la high class n'auront d'autre recours que de se construire de toute pièce en banlieue une copie conforme de la bourgade telle qu'elle était rêvée dans les années 50 et 60, offrant une vie bâtie autour d'une famille parfaitement ordonnée, la femme y tenant le rôle de la ménagère accomplie.

Mais ce retour à la campagne s'accompagne rapidement de l'ennui d'une épouse qui a précédemment goûté à l'indépendance dans la grande cité. Les hommes se sont alors regroupés pour mettre au point un horrible projet destiné à faire accepter de force, aux épouses rebelles, le rôle qu’ils leur pensent normalement dévolu.

La belle Katharine Ross, qui vient juste d’emménager à Stepford, comprend vite que quelque chose ne tourne pas rond, le comportement de son mari changeant et, surtout, l'attitude des femmes autour d’elle régressant brusquement vers un amour trop enthousiaste pour les fourneaux et le plumeau qu'elles avaient abandonnés avant leur arrivée au village.

Le parfum de complot qui embaume fort agréablement l’intrigue nous rappelle tout à la fois le "Prisonnier", série culte britannique, et "Rosemary's baby". Cette analogie n'est pas un hasard quand on sait que le metteur en scène Bryan Forbes est lui-même anglais et que le scénario est tiré d'un roman d'Ira Levin, le père de "Rosemary's baby".

Rarement charge n'aura été aussi violente envers la gente masculine. Sous la devanture séduisante d'un film à suspense, Bryan Forbes montre le combat désespéré d'un carré de machistes convaincus qui, ayant bien compris que la libération de la femme était inéluctable, choisit en désespoir de cause une voie radicale. Penser que les hommes ne rêvent que de ménagères à forte poitrine juste bonnes à tenir la maison et à satisfaire leurs fantasmes primaires est sans doute exagéré et n'est pas un si bon argument pour la cause féministe.

En dehors de l’aspect fortement militant du film qui ne peut être passé sous silence, on retiendra surtout un formidable film de genre à l’ambiance envoûtante qui, s’il n’est pas aussi magistral que "Rosemary’s baby", en est le digne petit frère. Katharine Ross et la très tonique Paula Prentiss occupent fort bien l’espace, nous entraînant avec elles dans cette enquête dans le milieu aseptisé des femmes d’intérieur. Il est symptomatique de constater que plus de trente ans après le film, une série comme "Mad men" fait l’apologie de ces fameuses années 60 à travers la glorification du monde machiste de publicitaires new-yorkais.

Il faut noter, aux côtés de son père Paul, la présence de la toute jeune Mary Stuart Masterson, qui sera en 1991 la jeune rebelle Idgie des "Beignets de tomates vertes", film devenu culte dans le milieu lesbien.