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"Le dossier Anderson" aka "Le gang Anderson"

Association de malfaiteurs

titre original "The Anderson tapes"
année de production 1971
réalisation Sidney Lumet
photographie Arthur J. Ornitz
musique Quincy Jones
interprétation Sean Connery, Dyan Cannon, Martin Balsam, Christopher Walken

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Un Sidney Lumet mineur mais amusant.

Le personnage interprété par Sean Connery, emprisonné pendant dix longues années, ne s'est pas aperçu que le monde avait changé autour de lui. La propriété privée s'est bardée de systèmes de protection hautement sophistiqués. Partout, la caméra vidéo est reine, les écoutes omniprésentes. Pas un des préparatifs de son gros coup qui ne soit filmé, enregistré. Qu'importe d'ailleurs puisque, si la mise à sac échoue lamentablement, c'est uniquement parce que les flics sont juste un tout petit peu moins maladroits que les truands ! Quelle importance, puisque toutes les bandes soigneusement engrangées sont finalement détruites pour ne pas gêner certaines personnes compromises qu'il n'est pas question de... compromettre !

C'est divertissant, gentiment ironique, réconfortant (toute cette technologie qui nous menace finit par se mordre la queue !) mais superficiel. Un film qui s'oublie aussitôt vu.

La critique de Didier Koch

"Le gang Anderson", par son côté iconoclaste, marque un début de rupture dans le trajet artistique de Sidney Lumet, qui totalise depuis 1957 une quinzaine de films quasiment tous adaptés de pièces de théâtre, exercice presque obligé pour lui compte tenu de la mode de l'époque et surtout du succès fulgurant de son premier film "Douze hommes en colère", huis clos judiciaire inspiré de la pièce éponyme de Reginald Rose. Depuis lors, Lumet livre des films aux thématiques certes fortes, comme l'y incite sa volonté d'être un témoin actif de son temps, mais aussi un peu empesés et aux effets trop démonstratifs.

"MI 5 demande protection", son excellent exercice de style inspiré de John Le Carré, marquait dès 1966 une évolution vers un vérisme plus nuancé, mais c'est avec "Le gang Anderson", sa deuxième collaboration avec Sean Connery, qu'il ouvre réellement une nouvelle page qui le conduira vers deux décades prodigieuses où tout le savoir faire accumulé depuis ses débuts à la télévision en 1950 trouvera enfin un débouché vers des films tout à la fois engagés et captivants, où les acteurs pourront donner le meilleur d'eux-mêmes.

En 1971, Sean Connery n'en n'a pas encore fini avec sa période James Bond (il lui reste à tourner "Les diamants sont éternels"), mais il aspire à ne pas se laisser enfermer dans un rôle assez réducteur et de toute manière marqué par une date de péremption liée à l'âge de l'acteur. Michael Caine, le compatriote et ami de Connery, vient de connaitre un succès aussi fulgurant qu'inattendu grâce à "L'or se barre" de Peter Collison, un modeste film de "casse" à l'humour désinvolte. Aussi, quand on lui propose de travailler à nouveau avec Sidney Lumet pour un film de la même veine, l'acteur écossais alors dans une période de vaches maigres, n'hésite pas un seul instant. La collaboration sera une nouvelle fois fructueuse à la conjonction des aspirations du moment des deux hommes en quête de fantaisie.

John Anderson (Sean Connery), malfrat à l'ancienne, n'a pas de meilleure idée en sortant de dix ans prison que de s'attaquer au cambriolage de l'immeuble cossu où réside son ancienne maitresse (Dyan Cannon). Élevé dans le code de l'honneur, Anderson s'entoure de compagnons de cellule et d'anciens complices. Mais entre temps, la technologie a beaucoup évolué, permettant de faire de ces immeubles bourgeois des quartiers chics de vraies forteresses surveillées à distance.

Le montage de l'affaire se déroule sur un ton badin, permettant à Connery de montrer une face cachée de son talent, qui sera par la suite une des clefs majeures de son succès. On se dit que cette bande de pieds nickelés au sein de laquelle on trouve le tout jeune Christopher Walken se fera sûrement coincer, mais on n'imagine pas que Lumet va soudainement faire basculer sa douce farce dans un bain de sang qui classe le film dans une catégorie hors norme. En mettant en avant la place grandissante des systèmes d'écoutes à grande échelle, Lumet préfigure le scandale du Watergate qui éclatera presque exactement un an après à la sortie du film aux États-Unis.

Le ton iconoclaste du "Gang Anderson" et le contre-emploi de Sean Connery vont contribuer à son succès public. Dès lors ragaillardis et confortés dans leurs choix, les deux hommes vont pouvoir enchainer avec "The Offence", le sommet de leur collaboration, film noir d'une désespérance absolue. Cette joyeuse parenthèse ne pouvait qu'être un intermède dans la filmographie d'un Lumet habituellement davantage enclin à la dénonciation des remugles qui infestent les institutions démocratiques qu'à la gaudriole.