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"Le dernier des Mohicans"

titre original "The Last of the Mohicans"
année de production 1992
réalisation Michael Mann
scénario Michael Mann et Christopher Crowe, d'après le roman de l'écrivain américain James Fenimore Cooper (1826)
photographie Dante Spinotti
musique Trevor Jones
production Michael Mann
interprétation Daniel Day-Lewis, Madeleine Stowe, Wes Studi, Patrice Chéreau
récompense Oscar du meilleur son
versions précédentes • "Le dernier des Mohicans", Maurice Tourneur et Clarence Brown, 1920 (version muette), États-Unis
• "The Last of the Mohicans", Ford Beebe et William Reeves Easton, 1932, États-Unis
• "Sagamore le Mohican", George B. Seitz, 1936, États-Unis
• "Le dernier des peaux-rouges", George Sherman, 1947, États-Unis
• "The Iroquois Trail", Phil Karlson, 1950, États-Unis
• "Le dernier des Mohicans", Harald Reinl, 1965, Allemagne

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Le roman de Cooper est ici très arrangé pour traduire les nouvelles conceptions américaines des rapports entre sauvages et civilisés, mais la mise en scène est très spectaculaire. Difficile de ne pas se laisser entraîner par une action pleine de rebondissements.

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Frappé dans son enfance par "The Last of the Mohicans", un film de série B de George B. Seitz datant de 1936 avec Randolph Scott dans le rôle d'Œil de faucon, Michael Mann avait, depuis le début des années 80, un projet d'adaptation du roman de Fenimore Cooper basé essentiellement sur le film de Seitz. L'échec patent de "La forteresse noire", son premier film d'époque, suivi de l'accueil mitigé réservé au "Sixième sens", avait quelque peu refroidi ses espoirs de pouvoir mener un jour à bien le projet. Mais le succès mondial de "Danse avec les loups" de Kevin Costner en 1990 change complètement la donne. Un film sur les Indiens devient tout à coup un gage possible de réussite commerciale. Voilà comment la Fox se lance, avec Mann, dans ce projet d'envergure qui sera tourné en Caroline du Nord.

Michael Mann, qui écrit le scénario avec Christopher Crowe, s'écarte largement du roman de Fenimore Cooper, qu'il juge raciste et manichéen, pour amener cette aventure se passant lors de la lutte entre la France et l'Angleterre pour la suprématie sur le continent accosté près de trois siècles plus tôt par Christophe Colomb, sur le registre de la romance. Si Michael Mann est, comme à son habitude, d'une maniaquerie sans nom pour restituer le plus précisément possible une époque assez peu portée à l'écran au profit de la conquête de l'Ouest, il se laisse en revanche curieusement aller dans sa direction d'acteurs. Daniel Day Lewis, acteur anglais tout juste récompensé d'un Oscar pour "My Left Foot" de Jim Sheridan (1989), compose avec la très gracile Madeleine Stowe un couple charismatique à souhait. Plus de trente ans après la sortie du film, il ne reste pratiquement plus sur l'écran que Daniel Day Lewis, crinière au vent, en train de courir après le jupon de Miss Stowe. Quasiment toutes les situations dramatiques à dimension historique sont à un moment ou à un autre lourdement plombées à force d'être accommodées de manière souvent outrancière pour mettre en avant le couple de stars naissantes. À tel point que Day Lewis, dont on connait pourtant le talent, frise souvent le ridicule.

Un tel lyrisme empreint de mièvrerie est très surprenant chez le réalisateur du "Solitaire", du "Sixième sens" et de "Heat". Déjà sujet à des élucubrations new age qui finirent d'envoyer "La forteresse noire" par le fond, Michael Mann semble perdre une partie de sa maîtrise dès qu'il quitte son domaine de prédilection que constitue le film à suspense ou policier en milieu urbain. À l'époque, le public avait sans aucun doute les yeux de Chimène pour le charme des deux acteurs, mais il est plus étonnant que la critique ne se soit pas aperçue des carences du film qui apparaissent aujourd'hui flagrantes.

"Le dernier des Mohicans" demeure malgré tout l'un des plus gros succès au box-office de Michael Mann, qui n'en n'a pas décrochés tant que ça. Ce sera un moindre mal pour ce grand metteur en scène qui ne tourne plus guère. Reste tout de même la magnifique photographie de Dante Spinotti et la composition tout en nervosité de Patrice Chéreau qui interprète le général Montcalm.

Couverture du Film Comment de novembre-décembre 1992