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"L'incroyable vérité"

titre original "The Unbelievable Truth"
année de production 1989
réalisation Hal Hartley
scénario Hal Hartley
photographie Michael Spiller
musique Jim Coleman
interprétation Adrienne Shelly, Robert John Burke, Bill Sage

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Un film incroyablement poétique et décalé d’un cinéaste indépendant américain, passé un peu à la trappe aujourd’hui après des débuts prometteurs. L’ambiance distillée, qui pourrait faire penser à celle des chansons d'Alain Bashung (période Boris Bergman) si l'on osait une transposition facile, sera la marque de fabrique du cinéma d'Hal Hartley qui lui vaudra un succès d'estime, malheureusement demeuré très marginal.

L’intrigue ici importe peu, le propos du réalisateur étant ailleurs. Hartley nous montre une poignée d’individus dont les destins se croisent au sein d’un quartier de New York. Au-delà de la description de la vie de la middle class américaine qui confirme que la gestion des sentiments au sein d’une famille n’est jamais simple, l’originalité vient surtout du type de narration choisi par Hartley. Ils ne sont pas si nombreux les réalisateurs qui imposent un univers à travers leur caméra. La manière d'Hal Hartley de juxtaposer les saynètes de la vie courante concourt à brosser le portrait par petites touches de chacun de ses personnages tout en faisant, mine de rien, progresser le récit.

Hartley nous dit que rien n’est blanc ou noir et que les choses sont bien sûr plus compliquées, chacun recélant en lui toute la palette des caractères humains. Ainsi, le père peut être tout à la fois obtus et plein de nuances, le petit ami largué par l’héroïne (sublime Adrienne Shelly) se battre avec tous les passants qui regardent son ex-fiancée et fraterniser avec celui qui emportera le cœur de celle qu’il aime. Il s’agit bel et bien d’un cinéma de la tolérance et qui s’évertue à montrer le meilleur de chacun d’entre nous par un optimisme désenchanté.

Enfin, c'est avec tristesse que l'on revoit sur l'écran la très gracile Adrienne Shelly, assassinée à son domicile new-yorkais par un dépanneur à l'âge de quarante ans en 2006.

Ouvrage collectif consacré au réalisateur Hal Hartley
Sous la direction de Mathieu Germain
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