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"L'île aux chiens"

titre original "Isle of Dogs"
année de production 2018
réalisation Wes Anderson
scénario Wes Anderson
photographie Tristan Oliver
musique Alexandre Desplat
voix Bryan Cranston, Edward Norton, Jeff Goldblum, Bill Murray, Greta Gerwig, Frances McDormand, Scarlett Johansson, Harvey Keitel, F. Murray Abraham, Yoko Ono, Tilda Swinton, Ken Watanabe, Liev Schreiber, Roman Coppola, Anjelica Huston
récompense Ours d'argent du meilleur réalisateur au festival international du film de Berlin 2018
Les ressources pédagogiques du site Zéro de conduite
♦ Dossier pédagogique et fiches d'activité : Explorer le Japon avec Wes Anderson
Disciplines : français, géographie, SVT, anglais, arts plastiques, technologie
Niveaux : primaire, collège, cycle 3
♦ Article (analyse) : The more I see men, the more I like dogs
Disciplines : cinéma-audiovisuel, anglais, français - Niveaux : primaire, collège

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Wes Anderson apporte à chaque film la démonstration que l'on peut encore être réalisateur à Hollywood sans faire de concession sur ses visées artistiques, écrire ses propres scénarios, bénéficier de budgets conséquents, recueillir des critiques élogieuses et en sus faire gagner de l'argent à ses producteurs (hormis "La vie aquatique", aucun film du réalisateur n'a perdu de l'argent). Tim Burton avait précédé Anderson dans cette voie, mais goûtant à la célébrité, il a fini par quelque peu formater son talent en le confiant aux Studios Disney. Pour le moment, Anderson reste fidèle aux trois producteurs (Jeremy Dawson, Steven M. Rales et Scott Rudin) qui l'accompagnent depuis des années. Son style si particulier, où la rêverie s'accompagne d'une méticulosité obsessionnelle, consubstantielle à son accomplissement, nécessite sans aucun doute un environnement familier propre à la sérénité créative.

L'animation déjà entrée dans l'univers d'Anderson avec "Fantastic Mr. Fox" en 2009 est ici mise au service d'une histoire" japonaise" imaginée en commun avec Roman Coppola, Jason Schwartzman et Kunichi Nomura. Vu deux ans après sa sortie mondiale, le film revêt une forme prémonitoire des plus curieuses. Dans un Japon dystopique, une grippe canine fait des ravages parmi la population de Megasaki (tiens ! tiens!) tenue d'une main de fer par un maire autoritaire. L'hygiénisme, qui n'est pas une chose inconnue au Japon, amène la population à accepter que tous "les meilleurs amis de l'homme" soient déportés sur "l'île poubelle" où sont stockés les déchets de la ville. Atari, un jeune garçon (en réalité le neveu du maire) a volé un petit avion pour retrouver son chien. Il va se lier d'amitié avec cinq mâles "alpha" de l'île et fomenter une rébellion pour ramener la population de Megasaki à la raison.

Wes Anderson avait visé juste quand on sait la panique qui saisira peu après les gouvernements et les populations occidentales, consentant à des réductions de liberté drastiques pour éviter le retour des pandémies qui ont de tout temps frappé l'humanité. Mais le cinéaste n'a réellement jamais revendiqué la volonté de faire passer des messages à travers ses films, d'autres le faisant de manière plus convaincantes que lui. C'est donc l'aspect visuel qui frappe encore une fois, avec cette façon si particulière, tenant tout à la fois de la géométrie et de la poésie pure, de présenter l'environnement dans lequel évoluent ses personnages.

L'animation en volume, qui puise ses origines chez Willis H. O'Brien ("King Kong" de Cooper et Schoedsack en 1933) et chez son disciple Ray Harryhausen ("Jason et les Argonautes" de Don Chaffey en 1963), est ici portée à un niveau de sophistication qui, s'il atténue un peu la magie du procédé, permet au réalisateur d'asservir complètement la technique à ses désirs. Le résultat certes fascine, mais presque pour lui-même, et c'est peut-être à terme le piège dans lequel Anderson devra éviter de tomber. En attendant, le spectateur peut embarquer sans crainte et en bonne compagnie pour l'île aux chiens.

Couverture des Cahiers du cinéma d'avril 2018
Couverture du Little White Lies de mars-avril 2018
Couverture du Sight & Sound d'avril 2018