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"Knock knock"

titre original "Knock knock"
année de production 2015
réalisation Eli Roth
scénario Eli Roth
interprétation Keanu Reeves, Lorenza Izzo, Ana de Armas

La critique de Didier Koch

Eli Roth est désormais une référence du "gore" depuis son diptyque "Hostel 1 et 2" salement subversif, montrant le commerce des corps orchestré par une nouvelle nomenklatura issue de la mondialisation, assoiffée de nouveaux plaisirs et surtout complètement dénuée de la moindre empathie pour tout ce qui fait l'humanité.

Le cinéaste très en vogue et ami avec Tarantino a fait un temps des émules en France avec ce que l'on avait pu assimiler un temps à l'émergence d'un courant national. Des films comme "A l'intérieur" d'Alexandre Bustillo et Julien Maury (2006), "Frontières" de Xavier Gens (2008) , "Martyrs" de Pascal Laugier ou encore "Sheitan" de Kim Chapiron (2006) ont emprunté la même voie avec une certaine énergie, sans parvenir réellement à se démarquer du petit maître américain. Ce dernier a encore enfoncé le clou dans le trash avec son hommage en 2013 aux films de cannibales italiens des années 80 ("Cannibal holocaust" de Ruggero Deodato, "Cannibal ferox" d'Umberot Lenzi, "Mondo cannibale" de Jess Franco) : "The green inferno".

"Knock knock" s'apparente plus au genre du thriller et plus spécifiquement du home invasion movie. Eli Roth, toujours en phase avec les derniers mouvement de société, montre comment, de nos jours, deux jeunes femmes peuvent venir terroriser un quadragénaire (Keanu Reeves) dans son cocon d'une banlieue chic d'Hollywood (en réalité située au Chili). A priori peu crédible vu la frêle carrure des deux lolitas, mais chacun sait que l'homme aura toujours un talon d'Achille qui peut l'amener à rapidement tomber l'armure. Il en sera puni. Renversement des valeurs, castration du mâle qui nous emmènent bien loin des descentes punitives esthétisantes d'Alex et de ses droogies du fameux "Orange mécanique" de Stanley Kubrick (1971).

Mais Eli Roth ayant définitivement choisi d'inscrire son travail dans le domaine du pur divertissement, il ne faut sans doute pas trop lui prêter des visées qui n'ont pas de réalité dans sa démarche basée sur l'efficacité. Dans ce domaine, le contrat est rempli, et les deux jeunes actrices très en verve (Lorenza Izzo et Ana de Armas) sont très convaincantes face à un Keanu Reeves inattendu. Toujours référentiel, Roth lance au passage un clin d'œil malin au "Gremlins" (1984) quand, telles les petites bêtes diaboliques de Joe Dante dans la scène mythique du supermarché, les deux harpies saccagent avec une folie mutine la cuisine du pauvre Keanu Reeves qui entre alors, et nous avec, dans le cauchemar d'une nuit d'amour torride à expier.

Eli Roth, en parfait professionnel, livre ici un petit film de genre qui respecte son cahier des charges.