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"Kingsman : services secrets"

titre original "Kingsman: the secret service"
année de production 2014
réalisation Matthew Vaughn
scénario Matthew Vaughn
photographie George Richmond
musique Matthew Margeson
interprétation Colin Firth, Samuel L. Jackson, Taron Egerton, Michael Caine, Mark Hamill, Sofia Boutella
suite "Kingsman : le cercle d'or", Matthew Vaughn, 2017

La chronique de Gilles Penso : cliquer ici.

La critique de Didier Koch

Depuis "Kick-Ass" en 2010, Matthew Vaughn, citoyen de Sa Majesté, est reconnu comme un spécialiste de l'adaptation des comic books. "Kingsman : services secrets" est la retranscription cinématographique de "The secret service" de Mark Millar et Dave Gibbons. Comme semble visiblement l'y incliner sa nature, Matthew Vaughn aime teinter ses films d'un humour iconoclaste et référentiel. La confrérie des Kingsman est donc le vecteur idéal pour ranimer la flamme des espions au flegme imperturbable et au charme ravageur.

Comme d'autres avec lui, Matthew Vaughn trouve interchangeables et assez ennuyeux les Jack Bauer (série "24 heures chrono", Jason Bourne (saga "... Dans la peau") et autres Brian Mills (saga "Taken") ou Ethan Hunt (saga "Mission : impossible"), dont l'attitude marmoréenne qui fait fureur depuis une décennie a obligé les producteurs de la franchise James Bond, totem de l'espionnage anglais, à s'aligner sur cette nouvelle tendance en recrutant le très robotique Daniel Craig, au prétexte fumeux d'un retour à la volonté première de Ian Fleming.

Un Daniel Craig peu enclin au départ à ce type de rôle, que Matthew Vaughn avait lui-même contribué à rendre crédible dans le film d'action en l'enrôlant pour "Layer Cake" en 2004. Ainsi, le réalisateur britannique, à son corps défendant, un peu comme l'arroseur arrosé, a joué un rôle dans le changement de cap de la fameuse saga qui, depuis 1960, permettait aux Sean Connery, Roger Moore et Pierce Brosnan de populariser, à grand renfort de faste et de conquêtes exotiques, l'humour anglais sur les écrans du monde entier. Il se devait donc de remettre les pendules à l'heure.

Il le fait de manière splendide avec ce "Kingsman : services secrets", qui reprend tous les ingrédients du film d'espionnage léger en les actualisant grâce notamment à l'apport judicieux des effets spéciaux. En matière de flegme anglais, Vaughn ne pouvait mieux trouver que l'immense Michael Caine qui, du temps de sa splendeur, aurait sans aucun doute fait un excellent James Bond, tout comme Colin Firth, son digne descendant, héros du film. Mais Vaughn, studieux, se souvient qu'un bon James Bond implique un méchant aussi inquiétant que jouissif. Samuel L. Jackson, le tueur déjanté et "dreadlocké" de "Pulp fiction", campe donc un magnat de l'industrie du téléphone, méchant de haut vol, qui tout en zozotant avec candeur, s'est mis en tête de sauver la planète en tirant une conclusion radicale des théories : l'homme étant incapable de s'auto-discipliner pour diminuer la pollution qui, à terme, va l'empoisonner, autant réduire drastiquement la population, et d'un seul coup si possible. On vous laisse bien sûr deviner quels seront les heureux élus. Les Kingsman, confrérie créée après la seconde guerre mondiale par un riche tailleur, vont tenter de déjouer ce complot planétaire. Mais ce petit cercle fermé doit faire face à la raréfaction de ses membres morts en mission.

Le scénario remarquablement bien construit, ne sacrifiant jamais la cohérence de l'histoire aux gags, introduit donc une nouvelle génération, représentée par le très rafraîchissant Taron Egerton, qui va devoir intégrer à la vitesse grand V toute la panoplie du parfait espion. Ce mélange générationnel savamment introduit permet à Vaughn de distiller un parfum très particulier et inédit, que l'on pourrait hardiment qualifier de nostalgie régénérative. Au passage, les observateurs attentifs pourront remarquer que beaucoup des gags, notamment pour les scènes de bagarres, sont empruntés à d'autres films illustres du cinéma de genre.

On pense notamment aux empoignades délirantes des films de Sergio Corbucci mettant en scène le duo Bud Spencer et Terence Hill ou à celles, inénarrables, de "Mon nom est personne" de Tonino Valérii. Idem pour le massacre dans l'église évangéliste sur musique électro qui fait indéniablement penser à celui, dantesque, de "Shaun of the dead" (Edgar Wright, 2004) entre zombies déchaînés sur le tube de Queen, "Don't stop me know". Sans parler de la jolie tueuse Gazelle (Sofia Boutella), dont les lames tranchantes qui équipent ses pieds sont un clin d'œil évident au dyptique "Kill Bill" de Quentin Tarantino.

Ces emprunts, qui pourraient être vus comme un manque de personnalité, sont au contraire la marque d'un réalisateur cinéphile que sa mémoire n'empêche pas de trouver sa propre originalité. Le public et la critique ne s'y sont pas trompés, qui ont salué le film comme il se doit. Espérons que la suite annoncée pour 2017 ne viendra pas éroder ce joli pavé dans la mare qui, mine de rien, dénonce les dérives de notre temps et brocarde sérieusement les nouveaux gourous que tentent de devenir les patrons de multinationales mégalomanes, qui voudraient nous faire croire à leur philanthropie en prétendant travailler en secret à sauver le monde.