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"Inside Deep Throat"

« Après le pop art, le "porn'art" ? » (Jean Tulard)

titre original "Inside Deep Throat"
année de production 2005
réalisation Fenton Bailey et Randy Barbato
scénario Fenton Bailey et Randy Barbato
narration Dennis Hopper

Documentaire consacré à l'histoire du tournage et de la distribution du célèbre film pornographique américain "Gorge profonde" ("Deep Throat", 1972).

Chose très étonnante : si "Gorge profonde" est interdit aux moins de 18 ans, le documentaire n'est interdit qu'aux moins de 12 ans, bien qu'il dévoile des extraits du film au contenu sexuellement des plus explicite !

Le pitch : une jeune femme n'a pas d'orgasme jusqu'à ce qu'un médecin découvre que son clitoris est situé... au fond de sa gorge !

Le réalisateur : ancien coiffeur, Gerard Damiano s'était reconverti dans le porno, décidé à tirer partie des confidences intimes, recueillies dans son salon de l'époque, de ses clientes malheureuses au lit avec leur mari ; avec un scénario écrit en le temps d'un week-end, il tourne en 6 jours la première fiction pornographique à être diffusée en salles, où l'on sent l'influence sur le fond comme dans la forme d'Andy Warhol, au moment où les États-Unis découvrent les mouvements pour la libération sexuelle et plus généralement la libération des mœurs, ainsi les valeurs de la contre-culture.

Les acteurs : Linda Lovelace avait un talent particulier, un don pour la fellation ; quant à son partenaire à l'écran, Harry Reems (de son vrai nom Herbert Streicher), un acteur shakespearien new-yorkais qui s'est aventuré dans le porno pour l'argent, l'expérience et les relations, il était à l'origine l'assistant caméraman de l'équipe, et le cinéaste a fait appel à lui, parce que la star du porno masculine engagée pour jouer face à Lovelace ne s'est jamais présentée et parce qu'il arrivait à avoir une érection chaque fois qu'il entendait « Moteur ! »...

La polémique : le film fut bien plus qu'une curiosité pour adultes et une réussite financière puisque, dès sa sortie le 11 juin 1972 au World Theater de New York, il déclencha une controverse, une tempête sociale et politique sans précédent : d'un côté, le président Richard Nixon, les lobbies puritains, les féministes et l'aile dure de la droite américaine ; de l'autre, le tout Hollywood qui, de Warren Beatty à Jackie Kennedy, se presse dans les salles de Times Square pour découvrir l'ultime avatar de la contre-culture. Le film fut qualifié d'obscène par l’État de New York et fit l'objet d'une interdiction dans 23 États du territoire américain. Le New York Times porta quant à lui le long-métrage aux nues et en fit un phénomène de société. Résultat : après 33 ans d'exploitation, cette œuvre généra près de 600 millions de dollars de recettes et, dotée à l'origine d'un budget de 25 000 dollars, est ainsi considérée comme la production cinématographique la plus rentable de tous les temps.

L'autre scandale : ironie du sort et juste retour des choses, le président Richard Nixon démissionne suite aux révélations d'un mystérieux informateur que les deux journalistes enquêtant sur l'affaire du Watergate pour le Washington Post, Bob Woodward et Carl Bernstein, avaient baptisé "Gorge profonde", et dont le personnage est interprété par Hal Holbrook dans le film "Les hommes du Président" ; le fameux indic' ne révèlera d'ailleurs sa véritable identité qu'en 2005 : il s'agissait de Mark Felt, directeur adjoint du F.B.I. au moment des faits. Pendant trois décennies, on spécula sur l'identité de la source de Bob Woodward, et c'est par le détour d'un article de son avocat John O'Connor dans le magazine Vanity Fair que Felt divulgua son secret. « Je suis le type qu'ils appelaient Gorge profonde », déclara-t-il alors à O'Connor. Avant 2005, Mark Felt avait démenti plusieurs fois être "Deep throat", même si sa position au F.B.I. lui donnait le profil idéal ; Nixon lui-même le soupçonnait. Il a été surnommé par le New York Times "la plus célèbre source anonyme de l'histoire américaine".

Sortie en France : le film ne sera visible sur les écrans français qu'en 1975, grâce au ministre de la Culture de l'époque au "libéralisme éclairé", Michel Guy, avec l'accord duquel le film bénéficia d'une exploitation dans les salles du circuit Alpha France.