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"Halloween" version 2018

titre original "Halloween"
année de production 2018
réalisation David Gordon Green
scénario David Gordon Green et Danny McBride, d'après les personnages de John Carpenter et Debra Hill
interprétation Jamie Lee Curtis

La chronique de Julien Cassarino : cliquer ici.

La critique de Didier Koch

Les franchises hollywoodiennes ont la peau sacrément dure. Celle qui est née à la suite du mythique "Halloween : la nuit des masques" de John Carpenter en est désormais à son onzième épisode après le film de David Gordon Green célébrant les quarante ans d'activité de Michael Myers. Si elle s'avère l'une des plus rentables de l'histoire dans le domaine horrifique, la franchise n'a jamais pu trouver une voie qui lui permette d'allier fidélité à l'esprit original insufflé par Carpenter à une originalité propre à relancer solidement l'intérêt.

Après la relecture de l'œuvre par Rob Zombie en 2007 et en 2009, plus rien n'avait pu être mis en chantier, même si quelques projets avortés, notamment une version 3D des frères Weinstein, avaient permis de maintenir un feu doux sous la marmite. Le quarantième anniversaire approchant, les choses se sont précipitées grâce à un partenariat entre Miramax et Blumhouse Productions. Comme il le fait le plus souvent, John Carpenter, prudent mais aussi intéressé, accepte d'adouber le projet sans y participer directement. Quant à Jamie Lee Curtis, dont la carrière est en sommeil, elle accepte de revenir travailler sous la direction de David Gordon Green, réalisateur certes prometteur mais novice dans le genre horrifique, en incarnant une Laurie Strode devenue grand-mère et toujours hantée par Michael Myers dont elle craint qu'il s'en prenne un jour à sa progéniture.

À partir de cette mince trame de départ, David Gordon Green et son scénariste Danny McBride ont concocté une intrigue qui fait fi de tous les épisodes ayant suivi le film séminal de 1978, en nous projetant exactement quarante ans après les évènements qui ont endeuillé la petite bourgade d'Haddonfield. Par des artifices plus ou moins crédibles, la narration parvient à replacer Michael Myers, lui aussi vieilli, sur le lieu de ses anciens méfaits le soir d'Halloween. Dès lors, les crimes s'enchainent mécaniquement en rafale sans qu'aucune des victimes ne puisse susciter l'empathie du spectateur, David Gordon Green, au contraire de John Carpenter en son temps, n'ayant pas pris la peine de leur donner une substance préalable. C'est donc le combat final avec une Laurie Strode déchainée qui constitue l'acmé du film, à travers une passe d'armes dantesque dans le bunker patiemment construit par Laurie qui unit enfin sa fratrie déchirée face à un Michael Myers trop content d'avoir trois générations prénommées Strode à se mettre sous la dent pour le prix d'une seule.

On l'aura compris, malgré les clins d'œil nombreux au film original, tout ceci n'est guère passionnant et finit par confirmer l'opportunisme que l'on pouvait soupçonner avoir motivé le montage de cette opération. Mais les fans transis ont apprécié, notamment aux États-Unis, faisant de ce onzième segment le plus rentable de la série. Une suite est bien sûr annoncée, et Michael Myers devra certainement un jour parcourir Haddonfield en chaise roulante pour continuer encore et encore à taillader dans la chair fraiche.