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"God's pocket"

titre original "God's pocket"
année de production 2014
réalisation John Slattery
interprétation Philip Seymour Hoffman, John Turturro, Christina Hendricks, Eddie Marsan

La critique de Didier Koch

Il est toujours douloureux de revoir un acteur trop tôt et tragiquement disparu dans un de ses derniers rôles où l’on peut lire sur l’écran la détresse qui l’habite. Patrick Dewaere dans "Beau-père" (Bertrand Blier, 1981) ou plus encore dans "Paradis pour tous" (Alain Jessua, 1982) nous laissait comme un signe  du choix funeste qu’il s’apprêtait à faire. Philip Seymour Hoffman, dans ce film qu’il a produit et qu’il est allé défendre au festival de Sundance, indique clairement qu’il ne va pas bien et que sans doute, le personnage de Mickey Scarpato n’est pas très loin de sa réalité quotidienne. Curieuse et bien triste filiation entre deux acteurs parmi les plus doués de leur temps pour qui jouer un rôle relevait d’une trop profonde identification qui les empêchait de se construire un moi gratifiant.

"God’s pocket" s’intéresse aux mœurs des habitants d’un quartier ghettoïsé de Philadelphie. Mickey Scarpato a eu la chance d’épouser la très convoitée Jeanie (Christina Hendricks), mais n’étant pas originaire du quartier, il se sent toujours comme un usurpateur au sein d’une communauté grégaire qui malgré, ou peut-être grâce à ses difficultés sociales, a développé une forme bizarre de solidarité qu’elle réserve aux siens.

Ce premier film en qualité de réalisateur de John Slattery, acteur assez confidentiel, ne respire pas la joie de vivre, même s’il réserve quelques moments drolatiques autour du cadavre du fils unique de Jeanie que Mickey s’est mis en tête d’enterrer en grandes pompes pour tenter de reconquérir une femme trop belle pour lui dont il sent qu’elle lui échappe. Ce sont dès lors les emmerdements en cascades qui attendent Mickey, joueur invétéré, en quête de trouver la somme requise pour les funérailles.

On connait ce genre de parcours déceptif qui accompagne souvent le cinéma réaliste américain qui nous mène dans les improbables recoins des banlieues des grandes cités où se trament tous les petits trafics qui permettent aux reclus du système de s’accrocher à la toute petite parcelle du rêve américain qui leur reste. Voir Philip Seymour Hoffman s’y coller avec autant d’implication remue forcément les tripes de ceux qui l’ont admiré. Même la présence à ses côtés de John Turturro, d’Eddie Marsan ou de la très, très sensuelle Christina Hendricks ne peut nous arracher du regard perdu de cet adolescent trop vite grandi, au corps pesant qui ne semble plus savoir dans quelle direction avancer.

La fin choisie par John Slattery nous montrant un Mickey au soleil, assis sur un fauteuil pliant enfin apaisé après avoir tout perdu, ne peut nous rassurer, car derrière Mickey, nous savons que Philip continuait un combat déjà perdu. Pas de chance pour Slattery, qui démontre ici une certaine facilité à saisir au plus près et sans pathos les failles humaines et à rendre l’humanité de chacun de ses personnages.