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"Fool for love"

titre original "Fool for love"
année de production 1985
réalisation Robert Altman
scénario Sam Shepard, d'après sa propre pièce
interprétation Sam Shepard, Kim Basinger, Harry Dean Stanton, Randy Quaid

La critique de Didier Koch

Les années 80 ont constitué un véritable trou d’air dans la carrière de Robert Altman, qui a eu du mal à se faire une place dans la production de ces années-là où les polars survitaminés par les images léchées des réalisateurs venus du monde de la publicité inondent le marché. Menahem Golan et Yoram Globus sont alors les deux producteurs indépendants, emblématiques de ce type de films. On comprend mal comment Robert Altman a pu croiser leur chemin. Il est vrai que depuis l’échec supposé de "Popeye" en 1980, Altman accumule les échecs publics et critiques. Ni "Health" (1980), ni "Streamers" (1983) ou encore "Secret honor" (1984) n’ont été plébiscités sans qu’il n’y ait aucune injustice à y voir, et Altman le sait sans doute mieux que quiconque. C’est certainement pour faire bouillir la marmite et tenter de se relancer qu’il accepte cette commande.

Kim Basinger, ex-mannequin devenue James Bond girl, est alors dans le vent ainsi que Sam Shepard, auteur de théâtre et acteur reconnu. L’une apporte sa caution sexy et l’autre, son aura intellectuelle. L’apport d’Harry Dean Stanton un peu starifié depuis le succès mondial de "Paris, Texas" (Wim Wenders, 1984) finit de crédibiliser le casting. Encore faut-il avoir quelque chose à dire. On choisit donc une pièce de Sam Shepard jouée sur scène par Ed Harris, qui évoque le douloureux problème de l’inceste à travers l’union entre un frère et une sœur, nouée au hasard des relations amoureuses de leur père qui avait caché à chacun l’existence de l’autre. Le sujet est scabreux, mais sa transposition à l’écran l’est encore plus. Le tout se passe dans un motel perdu, où le couple qui se retrouve va se déchirer pendant une heure sur des dialogues ineptes faisant perdre le fil de leur jeu à des acteurs complètement à la dérive, abandonnés par un Robert Altman dont on se demande s'il n'a pas quitté le plateau.

Kim Basinger n’a que la ressource de jouer avec la sensualité de son corps magnifique en pure perte, pendant que Sam Shepard, qui n’est pas un acteur de composition, tente en vain de nous convaincre qu’il est un cowboy de rodéo machiste. Quant à Harry Dean Stanton, il est tout bonnement ectoplasmique. Le prétexte du film n’est dévoilé qu’à la tout fin, ce qui fait que pendant près d’une heure trente, on ne comprend rien à l’affaire qui tourne salement en rond.

Ou plutôt si, on finit par comprendre que chacun est venu toucher son chèque en se contorsionnant devant une caméra elle-même désorientée. C’est carrément le zéro pointé pour le grand Altman qui, ne faisant rien à moitié, nous livre un des plus beaux navets d’une décennie qui ne lui apportera rien de bon. Comme il saura se ressaisir dès 1992 avec le grinçant "The Player" et au regard de tout ce qu’il a apporté au cinéma américain dans les années 70, on peut lui pardonner cet écart indigne de son immense talent.