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"Dans le noir"

titre original "Lights Out"
année de production 2016
réalisation David F. Sandberg
scénario Eric Heisserer
photographie Marc Spicer
musique Benjamin Wallfisch
interprétation Teresa Palmer, Maria Bello

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

Depuis Jacques Tourneur et Alfred Hitchcock, chacun sait que la peur provient le plus souvent de ce que l'on ne voit pas ou ne comprend pas. Pas besoin donc de recourir aux effets gore à outrance auxquels le spectateur, selon un adage bien connu, finira pas s'habituer. La leçon est connue, mais pas souvent retenue. Le jeune suédois David F. Sandberg a, de son côté, appliqué la recette dans sa plus pure acception avec son court-métrage "Dans le noir" ("Lights Out") diffusé sur YouTube en 2013 et qui lui a valu très rapidement une renommée très flatteuse. De l'autre côté de l'Atlantique, James Wan, lui aussi encore très jeune, mais au statut de réalisateur confirmé ("Saw" en 2003, "Insidious" en 2011 et "Conjuring : les dossiers Warren" en 2013) et aux instincts de producteur aiguisés, s'est empressé de prendre Sandberg sous sa coupe en lui proposant de tirer un long métrage de "Lights Out".

Le pari  était, à partir du moment de frousse intégrale proposé par le court-métrage de trois minutes, de parvenir à démontrer que celui-ci pouvait constituer un fil conducteur solide sur la longueur. Gageure largement tenue, même si Sandberg emprunte certaines des ficelles du thriller hollywoodien, comme le traditionnel passé psychiatrique d'un des protagonistes arrivant à point nommé pour donner une explication plausible à des agissements déviants. Sans aucun temps mort, le spectateur est plongé dans l'atmosphère angoissante du court-métrage qui a fait le buzz sur le web. La peur du noir prend ses racines dans l'enfance, et si elle s'atténue avec la raison qui, progressivement, l'emporte sur l'irrationnel, elle ne disparait jamais complètement. Les ombres perçues dans le noir nourrissent tous les fantasmes, et David Sandberg en joue à merveille avec cette silhouette qui apparait et disparait avec la lumière, ne manquant pas de se rapprocher inexorablement de celui qui manie l'interrupteur.

C'est dans une cellule familiale disloquée où le père est absent que cette ombre féminine inquiétante s'est installée, semblant avoir tissé un lien morbide avec Sophie (Maria Bello impeccable), la mère maniaco-dépressive qui n'arrive pas à surmonter les aléas de sa vie et insuffle ses angoisses à son jeune fils. La métaphore faisant naître esprits maléfiques, apparitions, télékinésie et autres phénomènes paranormaux dans la psyché féminine est un classique du film d'angoisse, repris habilement par Sandberg pour donner corps à une intrigue sans doute pas évidente à bâtir.

Ce recours à une recette éprouvée n'a pas été du goût de tous les critiques. Mais il est sans aucun doute préférable au lancinant et atone scénario du très surestimé "Paranormal Activity" d'Oren Peli (2009). D'autant plus que Sandberg a réuni autour de lui un casting très cohérent, où Maria Bello, toujours très professionnelle, en mère à la dérive, encadre de jeunes acteurs très impliqués où la très troublante Teresa Palmer apporte l'atout charme qui nous réconcilie forcément avec l'obscurité.

Une suite est envisagée avec Sandberg aux commandes. On est curieux de voir si le concept gardera son efficacité dans un autre contexte.