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"Cœur de tonnerre"

titre original "Thunderheart"
année de production 1992
réalisation Michael Apted
photographie Roger Deakins
musique James Horner
interprétation Val Kilmer, Sam Shepard, Graham Greene, Fred Ward, Fred Dalton Thompson,
David Crosby

La critique de Didier Koch

Michael Apted fait partie de cette longue cohorte de cinéastes anglais ayant rejoint Hollywood au cours des années 80. Contrairement à Ridley et Tony Scott, Hugh Hudson, Adrian Lyne ou Alan Parker, Michael Apted ne vient pas de l’univers de la publicité, mais de celui de la télévision où, très jeune, il fit ses premières armes. Il n’aura pas de gros succès au box-office comme ses compatriotes, hormis un épisode de la saga James Bond période Pierce Brosnan ("Le monde ne suffit pas"), mais quelques succès d’estime comme "Nashville lady", qui permit à Sissy Spacek de décrocher l’Oscar de la meilleure actrice. Assez éclectique avec une prédominance pour le thriller, sa marque de fabrique est assez floue.

"Cœur de tonnerre", situé dans les Badlands (Dakota du Sud) sur fond de conflit racial, est assez représentatif du manque de rigueur narrative de Michael Apted, naviguant un peu à la godille entre intrigue policière, militantisme et voyage initiatique. N’arrivant pas à se choisir franchement une direction, il passe à côté de l’excellent film qui lui tendait les bras, faute d’avoir su marier harmonieusement tous les ingrédients du scénario de John Fusco.

L’idée du jeune agent fédéral d’origine indienne complètement américanisé (Val Kilmer) envoyé, sous prétexte de meurtre, dans une réserve du Dakota pour remettre, sans le savoir, un peu d’ordre dans les relations troubles qui se sont tissées avec le temps entre les populations locales et Frank Coutelle (Sam Shepard), inspecteur expérimenté devenu potentat local, était très prometteuse et s’engageait plutôt bien grâce à un incipit convaincant. Mais après nous avoir mis l’eau à la bouche d’un buddy movie âpre et sulfureux, Apted met au rancard le personnage de Sam Shepard pour ne le ressortir qu’à l’occasion du climax final qui, pour le coup, perd grandement de son efficacité, car devenu quelque peu incongru.

Pour le suspense, c’est un peu raté. On comprend dès lors que ce qui intéresse en premier chef Apted, c’est le cheminement mental de l’agent Ray Levoi (Val Kilmer) jusqu'au tréfonds de ses racines sioux. Voyage qu’il fera en compagnie du vieux Chief, sorte d’iconoclaste aux pouvoirs chamaniques, qui reste la meilleure surprise du film. C’est sans aucun doute la partie la plus intéressante du travail d'Apted, ponctuée de moments drolatiques et poétiques assez réussis, comme l’est aussi la description faite du sort misérable réservé à une minorité autrefois chez elle sur l’immense continent.

Le chef-opérateur Roger Deakins, fidèle compagnon de route des frères Coen, rend hommage sans afféteries aux magnifiques paysages des Badlands et contribue ainsi à l'aspect parfois hypnotique du film.

L’impression est donc mitigée à la vue de "Cœur de tonnerre" qui ne résonne pas si fort que l'indiquait pourtant son titre. De Niro, producteur-distributeur engagé du film, a dû sans doute partager cette relative déception.

A noter la très courte apparition de David Crosby en barman.