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"Brewster McCloud"

titre original "Brewster McCloud"
année de production 1970
réalisation Robert Altman
interprétation Bud Cort, Shelley Duvall, Sally Kellerman, Rene Auberjonois, Michael Murphy, Stacy Keach, Jennifer Salt

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Brewster McCloud, attaché au service d'un riche impotent, prisonnier d'une société qu'il hait, cherche le moyen de voler de ses propres ailes, c'est-à-dire de s'évader d'un monde qu'il juge étriqué. Mais il a une faiblesse : l'amour. Film symbolique que celui d'Altman, insolite, déroutant, contestataire, nous offrant la quête désespérée d'un homme épris d'indépendance.

La critique de Didier Koch

Quasiment dans la foulée du succès planétaire de "M.A.S.H.", il ne fallait pas compter sur Robert Altman pour tremper sa plume dans autre chose que du vitriol. Le réalisateur a déjà 45 ans quand il accède à la reconnaissance, et déjà une longue carrière à la télévision, ce qui lui donne sans doute une assurance sur ce qu'il entend faire de ce succès durement acquis. Tout au long de sa carrière, à travers différents genres cinématographiques (film choral, western, policier, comédie, science-fiction...), Altman s'est révélé un formidable observateur critique de la société américaine. Ses charges virulentes, qui témoignent cependant d'un grand amour de son pays, sont souvent abordées par le prisme du monde du spectacle qu'Altman connaissait si bien. "Brewster McCloud", qui était son film préféré, se démarque de "M.A.S.H." par un ton poétique que l’on retrouvera à plusieurs reprises dans la filmographie du réalisateur, notamment dans "3 femmes".

Le rêve d’Icare a toujours hanté l’homme, et il a fini par gagner l’esprit du jeune Brewster dont c’est devenu l’obsession, au point de squatter une des innombrables salles de l'immense Astrodome de Houston pour peaufiner les ailes qu’il est en train de se fabriquer pour un jour se mouvoir libre dans les airs. Altman relie cette envie de voler avec la volonté du jeune homme de s’arracher des vicissitudes terrestres dont les incohérences sont clairement montrées tout au long du déroulement de l’action et soulignées par le discours du conférencier narrateur (génial Rene Auberjonois) qui accompagne tout le récit.

Le jeune McCloud agit sous la protection d’une fée qui dresse un mur autour de lui en tuant tous les gêneurs qui pourraient l'entraver dans sa noble tâche. Toujours iconoclaste et incorrigible, Altman précède chaque crime de la chute d'une fiente d'oiseau sur les victimes, toutes plus infâmes les unes que les autres, archétypes des tares d'une société en crise. Cette série de meurtres tous très baroques dans leur mise en scène, permet de garder une ligne directrice à un film risquant à chaque instant de partir dans tous les sens par la profusion d'idées d'un réalisateur en ébullition (la marijuana, peut-être) laissant une large place à une improvisation débridée. L'enquête est menée par le lieutenant bien nommé Frank Shaft, sorte de caricature de Steve McQueen débarquée de San Francisco pour venir en aide à ces pauvres ploucs de Texans qu'Altman se plait à ridiculiser.

Le rêve de voler pour se réaliser doit s'accompagner d'une pureté de corps et d'esprit que le jeune Brewster en proie à une libido naissante a bien du mal à préserver malgré les recommandations de sa marraine (Sally Kellerman). Comme Icare qui s'est trop rapproché du soleil, Brewster se brûlera les ailes à fréquenter assidûment l'énigmatique et lunaire Suzanne interprétée par Shelley Duvall dont Altman avait découvert l'étrange beauté au cours du casting. Le destin prévisible de Brewster s'achève dans une scène grandiose et pathétique dans l'Astrodome vide, transformé en volière pour ptérodactyle mécanique articulé.

Le film sans doute trop foisonnant n'aura pas le succès escompté, mais Altman toujours clairvoyant, saura retenir la leçon.

Film délaissé d'un cinéaste prestigieux, "Brewster McCloud', sorte de conte de fées psychédélique, écologique avant l'heure, diffuse un parfum très particulier qui pourra enivrer ceux prêts à se laisser aller à une rêverie qui fleure bon les années 70, temps béni où l'optimisme et l'humour servaient souvent de moteur à la mise en lumière de la folie des hommes.

The Astrodome

Le NRG Astrodome (auparavant appelé Harris County Domed Stadium en 1965, puis Houston Astrodome de 1965 à 2000, puis Reliant Astrodome de 2000 à 2014) est un stade couvert à dôme, le premier stade du genre dans l'histoire, situé dans le Reliant Park à côté du Reliant Stadium dans la ville de Houston (Texas). Il fut utilisé pour des matchs de football américain et de baseball, des rodeos et des concerts.

Références

- Référence à "Bullitt" (1968), avec le personnage du policier Frank Shaft venu de San Francisco tout comme celui du film de Peter Yates.
- Référence au "Magicien d'Oz" (1939), avec la présence de l'actrice Margaret Hamilton, la Wicked Witch of the West du film de Victor Fleming, et des célèbres chaussures rouges de rubis.