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"Blue ruin"

titre original "Blue ruin"
année de production 2013
réalisation Jeremy Saulnier
scénario Jeremy Saulnier
interprétation Macon Blair

La critique de Didier Koch

Jeremy Saulnier et Macon Blair sont les meilleurs amis du monde, et ils s’étaient juré de faire un jour un film en commun, le premier comme réalisateur, le second comme acteur. A force de ténacité et par le biais du crowdfunding (financement participatif), ils sont allés jusqu’au bout de leur rêve. C’est peut-être une belle histoire qui commence, à l’image de celle des frères Coen, leur film ayant fait le plein de nominations dans les festivals pour films indépendants.

De quoi s’agit-il exactement ? D’attaquer le revenge movie par sa face la moins pentue, mais certainement pas la plus couramment empruntée. Saulnier, chef-opérateur à l’origine, a écrit le scénario en jouant la carte de la démystification de la soif de vengeance, qui décuplerait les forces et transformerait soudainement le quidam moyen en tueur impavide, expert en combat au corps et maniement des armes.

Dwight est un simple hobo, comme il s’en trouve dans tous les recoins d'une Amérique qui ne prend guère de gants avec ceux qui décrochent du train de l’American way of life. Prenant ses douches dans les villas des bourgeois partis au travail ou en week-end, il ressemble plus, dans cet incipit assez déroutant, à Tom Hanks dans "Seul au monde" qu’au Charles Bronson héros marmoréen de la saga "Un justicier dans la ville".

Macon Blair, très juste dans le rôle, présente tous les stigmates du type qui s’est laissé enfermer dans une douleur insurmontable, qui l’a conduit à fomenter une vengeance que son background personnel ne l’a pas préparé à assumer. En somme, pour reprendre une expression un peu galvaudée ces derniers temps, Dwight est un homme normal. Ses réactions ne sont du coup pas celles que l’on a l’habitude de voir dans ce type de film, et c’est sans doute le tour de force réussi par Jeremy Saulnier que de nous surprendre tout en nous incitant à nous identifier à ce héros qui nous ressemble.

Mais la violence engendre la violence, et Dwight, un peu à la manière de Dustin Hoffman dans "Les chiens de paille", va être pris dans un cercle vicieux infernal, où un mort en appelle un autre jusqu’à un climax sanglant complètement dans la tradition du genre. A travers Ben, le copain de fac de Dwight qui lui vient en secours avec son arsenal d’armes à feu (dont la plus belle pièce est la réplique du fusil d’assaut utilisé dans "L’agence tous risques"), Saulnier dénonce clairement, et avec une pointe d’humour, la fascination des Américains pour l’auto-défense largement entretenue par le lobby des fabricants.

On peut dire que "Blue ruin" rénove de façon salutaire le film de vengeance, sans sacrifier la dose d’adrénaline qui fait tout le sel du genre. Des débuts très prometteurs qu’il va falloir confirmer.