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"American sniper"

titre original "American sniper"
année de production 2014
réalisation Clint Eastwood
montage Joel Cox
interprétation Bradley Cooper, Sienna Miller
récompense Oscar du meilleur montage de son

La critique de Didier Koch

A 84 ans, Clint Eastwood tient encore bon la rampe, réalisant avec "American sniper" son plus gros succès au box-office. Les engagements républicains d'Eastwood, plusieurs fois réaffirmés au cours de sa carrière mais aussi contrebalancés par des élans humanistes, ont pu indiquer chez lui une faculté au discernement pas toujours observée dans les délires patriotiques des Présidents américains qu'il a soutenus comme Ronald Reagan ou George W. Bush. Des films comme "Breezy" (1973), "Bronco Billy" (1980), "Honkytonk man" (1982) ou "Sur la route de Madison" (1995) ont contribué à nuancer, auprès du public, l'image du flic vengeur aux méthodes musclées véhiculée par son rôle récurrent de l'inspecteur Harry.

"American sniper", qui a fait polémique, rappelle qu'au soir de sa vie, le grand Clint croit toujours dur comme fer aux combats menés par le gendarme du monde que veut demeurer l'oncle Sam. La biographie filmée de Chris Kyle, le plus célèbre sniper du corps des Navy Seals surnommé "la légende" ou "le diable de Ramadi", ayant revendiqué 255 tirs létaux (160 reconnus par le Pentagone), et surtout son succès au box office, confirme la fascination de l'Amérique pour les armes à feu, dont la population peut malheureusement mesurer tous les jours les ravages.

Eastwood contribue ici à monter sur un piédestal cet ancien cow-boy professionnel avorté qu'il essaye, pour donner le change, d'habiller de considérations psychologiques rédemptrices que son autobiographie semble contredire. L'éternel désert affectif qui envahit le soldat à son retour auquel Eastwood cède un peu facilement n'apporte rien de nouveau à l'histoire, ayant été maintes fois traité et de manière plus fouillée par le cinéma américain dès les années 70.

Pour noircir un peu plus le tableau de cette entreprise un peu douteuse, soulignons l'introduction factice par Eastwood dans le camp d'en face d'un mystérieux sniper, ancien athlète olympique surnommé Mustapha, qui semble livrer un combat machiste à distance avec Kyle pour la palme du meilleur tireur sur longue portée. Une réminiscence du passé de l'acteur quand il était encore l'homme sans nom des westerns de Sergio Leone ? Un ajout superfétatoire semblant indiquer que la portée belliciste de son propos n'a pas ému plus que ça Eastwood ?

Notons enfin que l'exposition des attentats de l'ambassade américaine du Kenya et des tours jumelles du World Trade Center confirme le manichéisme du scénario qui, à aucun moment, ne s'interroge sur le bienfait des interventions en Irak ou en Afghanistan.

Reste le savoir-faire du réalisateur, qui a bien retenu les leçons de sobriété apprises à la fréquentation du grand Don Siegel. Une voie sur laquelle l'a suivi Bradley Cooper, très sobre dans son jeu, peut-être encombré par les kilos de muscles qu'il a pris pour coller le mieux à l'image du redneck buté que semblait être Chris Kyle.