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"American bluff"

titre original "American hustle"
année de production 2013
réalisation David O. Russell
scénario David O. Russell
musique Danny Elfman
interprétation Christian Bale, Bradley Cooper, Amy Adams, Jeremy Renner, Jennifer Lawrence, Robert De Niro (non crédité), Anthony Zerbe

La critique de Didier Koch

David O. Russell est aujourd’hui un cinéaste à la réputation très solidement établie alors qu’il ne rentre pas exactement dans les canons de l’entertainment. À 55 ans, il n’a réalisé que sept films aux scénarios souvent tortueux (hormis "Fighter") qui ne rentrent dans aucun genre défini. "American bluff", son dernier opus, s’inspire de l’opération Abscam menée par le F.B.I. dans les années 70 et 80 pour traquer la corruption qui gangrenait les marchés publics.

Son film, assez référentiel, situé dans les années 70, navigue entre les univers de Martin Scorsese et des frères Coen. La voix off d’Irving Rosenfeld (Christian Bale), le petit escroc obligé par un agent du F.B.I. (Bradley Cooper) de coopérer à un montage destiné à piéger un édile ambitionnant de relancer le monde du jeu à Atlanta, nous ramène immanquablement aux "Affranchis" de Scorsese, où Ray Liotta, petit truand à la gomme, nous narrait par le menu son ascension au sein de la mafia.

Mais O. Russell n’est pas habité par la dimension mystique parfois grandiloquente qui habite Scorsese ou Coppola, et il préfère déflorer ses sujets par le petit bout de la lorgnette, s’amusant à moquer les petites manies ou tics de ses personnages, qui les obligent à se surpasser pour parvenir à leurs fins. C’est par ce penchant à la dérision qu’il peut s’apparenter aux frères Coen, les trublions iconoclastes du cinéma américain un peu assagis ces dernières années. Comment ne pas voir dans l’Irving Rosenfeld de Christian Bale le petit frère roublard de Walter Sobchak, l’inénarrable vétéran du Vietnam bougon et soupe au lait de "The big Lebowski", le chef-d’œuvre des frères Coen ? Christian Bale, spécialiste du transformisme à l’écran ayant pris 18 kilos pour le rôle, s’est approprié une grande partie des mimiques du génial John Goodman. Idem pour Bradley Cooper, dont les obsessions incontrôlées de Richard de Maso, l’agent du F.B.I. déjanté, sont en droite ligne inspirées, en mode mineur, des fulgurances meurtrières du Tommy de Vito immortalisé par Joe Pesci dans "Les Affranchis".

Cette plongée un peu outrancière dans les années 70 a été l’occasion pour O. Russell de convier tous les acteurs qui l’ont accompagné dans ses deux précédents films pour une joyeuse partie de rigolade où chacun pourra se lâcher sur des rôles plus vrais que nature déjà vus dans d’autres grands films. Amy Adams, par exemple, déjà présente dans "Fighter", se voit offrir un court mais très marqué hommage au "Lenny" de Bob Fosse lors de la présentation de son personnage de stripteaseuse, qui est la copie conforme de l’introduction de la sublime Valerie Perrine qui campait Honey, la femme de Lenny Bruce, s’exhibant devant une assemblée de mâles fatigués mais hypnotisés par le tournoiement des pompons de soie pourpres collés aux tétons de la plantureuse actrice. Même De Niro est de la fête un court instant, comme pour apposer son cachet d’authenticité à cet hommage à un cinéma dont il fut le symbole.

L’intrigue un peu filandreuse, comme souvent chez O. Russell, n’a pas la force démonstrative et nerveuse des tragédies opératiques de Scorsese, mais les nombreuses diversions qu’il nous offre sur les tourments intérieurs de ses personnages de losers attachants pallient grandement à cette petite faiblesse. On remarquera enfin la jolie prestation choucroutée de Jeremy Renner, qui rejoint de la plus joyeuse des manières le clan O. Russell.