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"French Connection II"

Le retour de "Popeye"

French Connection 2 - affiche

titre original "French Connection II"
année de production 1975
réalisation John Frankenheimer
photographie Claude Renoir
musique Don Ellis
interprétation Gene Hackman, Fernando Rey, Bernard Fresson, Philippe Léotard, Ed Lauter
 
épisode précédent "French Connection", William Friedkin, 1971

Pour : la critique de Sébastien Miguel pour Plans Américains

"French Connection 2" est un film passionnant. Les esquisses d’une personnalité frustre et raciste étaient déjà présentes dans le film de Friedkin : elles sont brillamment approfondies par John Frankenheimer. Si cette production contient de nombreuses fusillades, inévitablement à faire, le cinéaste met plutôt l'accent sur un drame personnel et psychologique.

Isolé dans une ville qu’il ne connaît pas (Marseille, plus sale, cosmopolite et imprévisible que New York), Doyle est un homme seul. Sa haine et son dégoût de l’autre isolent le policier qui devient, peu à peu, l'illustration d’un malaise existentiel.

La souffrance, les souvenirs (heureusement traités en monologues douloureux), la solitude du personnage s'expriment avec un soin et une rigueur remarquables. Stylistiquement, le film est l'exact opposé du classique de Friedkin. Loin de la mise en scène découpée du premier opus, Frankenheimer oppose une caméra à l’épaule, un grain omniprésent et un son imparfait. C'est une plongée sans concession dans une réalité sordide, désespérante. Un monde en putréfaction.

La séquence de désintoxication (un très grand moment de cinéma) paralyse soudain la narration et devient une sorte de réflexion sur la condition humaine.

Ce qui n’était à la base qu’une simple opération commerciale se transforme en une expérience cinématographique mémorable. "French Connection 2" est un film à redécouvrir.

Contre : la critique de Didier Koch pour Plans Américains

Entamant le cycle des suites qui deviendront récurrentes à Hollywood dès les années 80, "French Connection 2" est instructif de ce que peut-être la différence entre une œuvre chargée de sens comme l’était le premier opus de Friedkin et un film de commande réalisé par un faiseur, certes talentueux, mais qui semble ici en grosse panne d’inspiration.

La fin de "French Connection" laissait clairement la place à une suite qui aurait pu se révéler intéressante. L’absence de Roy Scheider et le transport de l’intrigue de New York à Marseille fait perdre au film l’essentiel de son intérêt. Même Gene Hackman semble plus que gêné aux entournures pour jouer le pauvre flic ricain perdu dans la cité phocéenne, que Frankenheimer fait parfois passer pour une capitale du tiers monde. Dès l’entame du métrage, la musique indique clairement que l’on a changé de braquet et que Frankenheimer a choisi de séduire son public plutôt que de le secouer comme l’avait si bien fait Friedkin quatre ans plus tôt.

Le film n’ayant rien à raconter, on passe la plus grande partie de la première heure à voir Hackman déambuler dans Marseille ou à se faire railler par ses collègues français bien trop contents de se payer la bobine du super flic yankee. Frankenheimer étire en longueur le passage où Gene Hackman, piégé par Fernando Rey, devient un zombie dépendant de son ennemi l’héroïne. Les acteurs semblent un peu perdus face à la maigreur du propos, et même Bernard Fresson est obligé d’en faire des tonnes pour essayer de convaincre. On nage alors en pleine bouillabaisse.

Heureusement, Frankenheimer, plus à l’aise dans les scènes d’action, se rattrape un peu sur la fin, sauvant son film du naufrage complet. Il profite de cette fin plus mouvementée pour innover avec une poursuite à pied dans le port de Marseille, où Hackman traque le bateau où se trouve Fernando Rey. Cette poursuite réjouissante constitue un pendant crédible à celle fameuse de "French Connection".

On comprend après ce ratage qu’un "French Connection 3" n’ait pas été mis en chantier. John Frankenheimer a heureusement à son actif d'autres réussites pour redorer sa plus qu'honnête filmographie.

French Connection 2 - générique