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"Dexter"

Psycho killer, qu'est-ce que c'est ?

Dexter - affiche

titre original "Dexter"
année de production 2006
interprétation Michael C. Hall, Jennifer Carpenter, David Zayas, James Remar, C.S. Lee, Luna Lauren Velez, Desmond Harrington, Julie Benz, Geoff Pierson, Keith Carradine, John Lithgow, Julia Stiles, Charlotte Rampling, Peter Weller, Jonny Lee Miller

La critique de Didier Koch pour Plans Américains

"Dexter" a incontestablement fait beaucoup pour la prospérité de Showtime, chaîne de télévision payante née en 1976. Inspiré de "Ce cher Dexter", premier roman d’une suite écrite par Jeff Lindsay, la série qui pianote avec « dextérité » sur plusieurs genres (thriller, policier, comédie noire teintée d’un soupçon de fantastique) s’étale sur huit saisons de douze épisodes chacune, de 2006 à 2013. Une neuvième saison va être tournée en 2021 pour satisfaire les fans déçus par la fin de la saison 8.

Les showrunners successifs (Daniel Cerrone, Clyde Phillips, Melissa Rosenberg, Chip Johannessen, Scott Buck) se sont écartés des romans de Jeff Lindsay dès la fin de la première saison pour reprendre entièrement le personnage à leur compte. Dexter Morgan (Michael C. Hall) est d’emblée affublé du statut très particulier et inédit de « tueur en série de tueurs en série ». À Miami, au sein de la police locale, il occupe le poste de légiste, spécialiste de l’analyse des projections de sang relevées sur les scènes de crimes nombreuses qui font le quotidien de la célèbre station balnéaire. Sa perspicacité est fortement appréciée de ses supérieurs dans la résolution des enquêtes nombreuses qui leur tombent sur le râble. Comme si tous les serial killers d’Amérique s’étaient soudainement donné rendez-vous en Floride ! Son sens aigu de l’analyse lui permet, certes d’aiguiller ses collègues de terrain dont fait partie Debra (Jennifer Carpenter), sa jeune sœur, mais aussi d’avoir toujours une longueur d’avance pour régler lui-même et selon ses propres règles des enquêtes risquant de s’engluer ou d’aboutir à des peines trop légères quand ce ne sont pas des libérations pour défauts de procédure.

Depuis sa plus tendre enfance, Dexter a montré une fascination pour le sang accompagnée d’une envie irrépressible de le faire couler. Son père adoptif, Harry Morgan (James Remar), inspecteur de police ayant remarqué ces pulsions faisant de Dexter un futur psychopathe, décide d’accompagner le mouvement en lui inculquant les moyens de les canaliser à partir de l’édiction d’un « code » qui constituera un précieux vade-mecum pour Dexter tout au long de sa vie d’adulte. Le code en question est régi par quelques préceptes simples comme choisir ses victimes parmi les coupables de meurtres avérés, et surtout acquérir une méticulosité sans faille afin de ne jamais se faire prendre. En quelque sorte une variante psychologique du mythe de Frankenstein, avec Harry Morgan en lieu et place du célèbre savant fou interprété par Clive Brook dans le film séminal de James Whale datant de 1931. Si les serial killers sévissent partout sur la planète, c’est encore et de loin aux États-Unis qu’ils sont les plus nombreux sans que l’on sache exactement en expliquer les raisons. Les fusillades de masse, elles aussi très fréquentes aux États-Unis, inclinent à penser que la prolifération des armes n’est pas pour rien dans la généralisation d’un climat de violence ambiant pouvant contaminer certains esprits fragiles dès l’enfance.

La série, par son parti-pris radical, a été immédiatement un sujet de polémiques comme autrefois les films de Don Siegel avec Clint Eastwood (la saga "Dirty Harry") ou plus tard ceux de Michael Winner avec Charles Bronson (la saga "Un justicier dans la ville"), accusés de prôner l’auto-défense. La critique était d’autant plus virulente que les premières saisons présentant un Dexter plutôt débonnaire, au comportement parfois quasi adolescent, le rendaient franchement sympathique, avec cette manie de livrer en voix-off ses états d’âmes au spectateur sur un ton badin très séduisant et inclusif. L’environnement professionnel dans lequel l’expert évolue étant assez potache et surtout très sexué malgré les petites intrigues inhérentes à la lutte pour la promotion et le pouvoir, l’identification à ce jeune homme à la vie plutôt cool, hormis ses sorties nocturnes ensanglantées, semblait assez aisée, mais aussi un peu malsaine.

Il faut reconnaître que tous les personnages secondaires récurrents (Debra Morgan, Rita, Joey Quinn, Maria Laguerta, Angel Batista et l’impayable Vince Mazuka), tous excellents et formidablement interprétés (Jennifer Carpenter, Julie Benz, Desmond Harrington, Lauren Vélez, David Zayas et C.S. Lee), facilitent grandement l’immersion dans l’univers d’une série devenant très vite addictive. S’ajoutent, pour chacune des saisons, quelques guest stars utilisées fort à propos comme Keith Carradine, John Lithgow, Colin Hanks, Edward James Olmos ou Charlotte Rampling.

Tous ces ingrédients sont indispensables pour accepter l’invraisemblance générale du contexte des intrigues faisant de Miami un nid de tueurs en série qui, s’il était réel, aurait fait fuir depuis longtemps tous les retraités argentés qui rejoignent la « Porte des Amériques ». Idem pour les activités diurnes et nocturnes de Dexter, qui devraient l’amener à vivre près de trente heures par jour. Un contexte certes invraisemblable, mais qui, une fois admis, est géré avec une solide cohérence par les scénarios qui se succèdent sans jamais faiblir, hormis sur une ou deux saisons un peu moins passionnantes.

En dehors de son côté distractif parfaitement réussi avec la présence de réalisateurs très expérimentés comme John Dahl ou Michel Cuesta aux commandes, la série est surtout intéressante pour la description fine de l’évolution du personnage de Dexter et de sa relation avec sa sœur Debra. Le postulat de départ d’un jeune psychopathe éduqué dès l’enfance pour canaliser ses pulsions en faisant acte de justice est progressivement battu en brèche par les scénaristes qui, par là même, démontent les réserves initiales légitimes de leurs détracteurs. Quoi qu’il fasse pour parvenir à mener une vie sociale dans la norme, Dexter est dépendant de ses pulsions qui l’amènent à détruire tous ceux qu’il approche.

Bien que très intelligent, l’équation qui se présente à lui tous les jours est impossible à résoudre. D’abord très sûr de lui et très sympathique, Dexter devient hésitant et répulsif au fur et à mesure qu’il cherche à développer des sentiments qui lui sont inconnus, pour finir complètement à la dérive et pathétique quand tout son univers mental s’écroule. En vérité, Dexter, obsédé par sa volonté de contrôle qui confine à un délire de surpuissance, est un monstre d’égoïsme tout juste bon à se repentir après coup des dégâts qu’il cause.

L’acteur Michael C. Hall, qui s’était fait remarquer dans une autre série mythique, "Six Feet Under" (2001-2005), est parfait dans ce rôle somme toute assez complexe qu’il lui a fallu tenir sur 96 épisodes en parvenant à en faire ressortir toutes les nuances. À ses côtés, personne n’oubliera bien sûr Jennifer Carpenter qui interprète Debra, sa jeune sœur, dont le capital charme et sympathie est un atout essentiel de cette série offrant un cocktail explosif d’émotions qui est bien sûr devenue culte et qu’il faut recommander à tous ceux adeptes d’humour décalé et de suspense qui ne l’ont pas encore vue. Les autres attendront avec impatience la saison 9.

Showtime

Showtime est une chaîne de télévision payante américaine appartenant à ViacomCBS et lancée le 1er juillet 1976, qui diffuse principalement des films, mais également quelques séries originales, ainsi que, occasionnellement, quelques combats de boxe. Elle a comme principale concurrente la chaîne HBO.
Parmi les séries anciennement diffusées : "Stargate SG-1" (1997–2002), "The L Word" (2004–2009), "Les Maîtres de l'horreur" (Masters of Horror") (2005–2007), "Weeds" (2005–2012), "Les Tudors" ("The Tudors") (2007–2010), "Californication" (2007–2014), "The Borgias" (2011–2013), "Homeland" (2011–2020), "Ray Donovan" (2013–2020), "Penny Dreadful" (2014–2016), "Twin Peaks" saison 3 (2017).

Dexter - générique

Couverture de mars 2009 du magazine American Cinematographer