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"Les Bas-fonds new-yorkais"

Les bas-fonds new-yorkais - affiche

titre original "Underworld U.S.A."
année de production 1961
réalisation Samuel Fuller
scénario Samuel Fuller
photographie Hal Mohr
musique Harry Sukman
production Samuel Fuller
interprétation Cliff Robertson, Dolores Dorn, Beatrice Kay, Paul Dubov, Robert Emhardt, Larry Gates, Richard Rust

Critique extraite du Guide des films de Jean Tulard

Retour au film noir pour Fuller et hommage au Godard d'"À bout de souffle" pour l'agonie de Tolly en un long mouvement de grue.

Critique extraite de 50 ans de cinéma américain de Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon

Pour le moment, il [Samuel Fuller] s'est spécialisé dans trois genres de films :
1 Le western [...]
2 Les films de guerre [...]
3 Les policiers : où son lyrisme et sa tendresse viennent tempérer la violence. Il est impossible d'oublier les admirables figures de femmes des "Bas-fonds new-yorkais", parabole morale, à la fois individualiste et pessimiste [...]

Extrait de la chronique du 17 mai 2010 de Bertrand Tavernier

Le coffret consacré à Samuel Fuller par Sony (sous-titres français) est tout à fait particulier. Il ne comprend que deux films réalisés par le grand Sam : "Crimson Kimono", que j’avais trouvé plutôt moyen après une ouverture éblouissante et que je n’ai pas revu. Et "Underworld USA" ("Les Bas-fonds new-yorkais", titre français fantaisiste puisqu’il n’est nulle par fait mention de New York, dans les dialogues ou dans les images), film profondément personnel et inspiré (là encore, le début est magnifique).
Il s’agit d’une fable lyrique sur la vengeance, la manière dont celle-ci corrode, abîme, les sentiments du héros. D’autant que cette vengeance paraît inutile, la victime – le père du héros- ne valant pas tripette. Mais en digne héros Fullerien, Cliff Robertson s’arque boute, s’entête à aller jusqu’au bout, n’écoute aucun conseil. La violence rabaisse ceux qui la commettent, nous dit Fuller. Elle rend aveugle et sourd, même face aux plus belles déclarations d’amour. Quand Cuddles demande à Tolly de l’épouser, il la rejette cyniquement (« you must be on the needle »). Sandy, cette femme âgée extraordinaire qui a élevé le jeune garçon, l’injurie « : « Cuddles est une géante…Tu sais pourquoi ? Parce qu’elle a vu en toi une parcelle, quelque chose qu’on pouvait sauver. Et toi, tu es un nain ». Fuller coupe alors sur un plan rapproché de Cliff Robertson entendant la voix de son amoureuse : « certaines femmes quand on les embrasse, rougissent, appellent la police. D’autres jurent, crient, mordent. Moi, je défaille, je meurs, je meurs d’amour sous tes baisers ». Moment sublime qui vous cueille comme pratiquement tous les plans du film que l’on prend comme des coups à l’estomac.
Fuller utilise les contraintes d’un budget fort réduit en simplifiant, en allant toujours à l’essentiel, en filmant le concept des scènes plus que les scènes elles-mêmes. Une petite fille passe en vélo près d’une voiture conduite par Gus, un tueur qui lui a donné une friandise. Elle le salue et part en pédalant. La caméra reste sur Gus qui démarre, poursuivant la petite cycliste. Plan de la jeune qui pédale. Plan de Gus dans sa voiture. Retour sur l’adolescente que l’on sent inquiète et qui accélère. Sa mère apparaît à une fenêtre. Plan du vélo. De la mère qui crie. Plans plus rapides de la voiture, des roues de la bicyclette. La mère hurle. Fuller coupe sur la petite fille gisant sur le sol à côté de son vélo. Des séquences comme cela, dégraissée, il y en a vingt. Ce traitement stylisé nous entraîne loin du réalisme vers la fable. Les trois assassins du père de Tolly sont les trois caïds qui chapeautent la prostitution, la drogue, les syndicats. Mais cette stylisation n’empêche pas Fuller de lancer des phrases qui paraissent prophétiques.

Les bas-fonds new-yorkais - générique