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"Wanda's Café"

titre original "Trouble in mind"
année de production 1985
réalisation Alan Rudolph
scénario Alan Rudolph
musique Mark Isham
chansons Marianne Faithfull
interprétation Kris Kristofferson, Keith Carradine, Lori Singer, Geneviève Bujold, Divine

La critique de Didier Koch

Alan Rudolph, ancien assistant et protégé de Robert Altman, est assurément un cinéaste des années 80. Son "Wanda’s Café" en est la plus belle illustration, où la forme importe largement autant que le fond. Nous sommes en pleine explosion des video clips, et Rudolph surfe allègrement sur la vague. Cette étude de mœurs est l’occasion de distiller des images léchées qui apportent un ton très distancié, presque éthéré aux sentiments des personnages.

Wanda (Geneviève Bujold), miraculeusement sauvée par Hawk (ancien flic joué par Kris Kristofferson) des mains d’un gros caïd, semble devenue imperméable au bonheur. Elle se contente de régner en fée bienveillante sur le petit monde qui fréquente son café. Elle demeurera la seule véritable énigme du film. A sa sortie de prison, c’est tout naturellement vers elle et son Wanda's Café que se retourne Hawk. Là se croisent tous les paumés d’une ville imaginaire (Seattle, en réalité) nimbée par les néons et vivant au rythme des patrouilles militaires qui arpentent ses rues. Un couple de hippies directement issu de la culture des années 60 débarque dans la grande ville, devant faire face à une rupture de son mode de vie. C’est Keith Carradine, l’élément mâle du couple, qui subit en profondeur les transformations radicales aussi bien sociales que culturelles qui se sont opérées en deux décennies. Physiquement, la métamorphose est saisissante, évoluant jusqu’à l’androgynie d’un David Bowie d’opérette.

Si le style visuel est très marqué eighties, Rudolph, à travers Keith Carradine, semble regretter ce que sont devenus ou redevenus les rapports humains après l’immense espoir en trompe l'œil né de la révolution hippie. La chanson titre du film, "Trouble in mind", chantée merveilleusement par la voix tabagique de Marianne Faithfull, fragile égérie de ces années disparues, illustre bien la désillusion d’Alan Rudolph. Pour insister sur ce brutal retournement des valeurs, Rudolph confie le rôle du caïd local au travesti Divine (icône gay, acteur fétiche de John Waters) dont le meurtre provoque une vaste tuerie tournée en dérision.

Le havre de paix du Wanda’s Café symbolisé par la construction en miniature qu’en fait Hawk dans sa chambre d'hôtel n’est qu’une illusion, et Rudolph, dans son happy end, semble prôner un retour à la vie champêtre, seule garante des valeurs humanistes dont il fera le ciment d'une œuvre d'une infinie poésie demeurée relativement confidentielle, à laquelle il aura manqué la truculence d'un Robert Altman pour quelquefois bousculer le spectateur et s'ouvrir une plus large audience. Mais le voulait-il vraiment ?